Abruzzo, forte e gentile

Terre de passage, ouverte sur la mer, les Abruzzes mélangent un rare sens de l’accueil mâtiné d’un caractère fort, inspiré par la montagne proche.

Les vins qui s’y rencontrent répondent à la même analyse, principalement les deux DOC : le blanc Trebbiano d’Abruzzo trouve en ces régions une assise minérale particulière qui structure bien cet ugni latin.
Le rouge Montepulciano d’Abruzzo se montre robuste, parfois même rustique, mais garde le cœur charnu et généreux.
Les deux cépages évoluent dans un cadre préservé, hors pollution affirment les vignerons du cru. Tout porte à le croire : un tiers du territoire est occupé par des parcs nationaux et régionaux et 60% le sont par la montagne.

Histoire de quelques déconfitures

Pendant la seconde guerre mondiale, la remontée américano-canadienne fut stoppée un temps par les allemands. Temps suffisamment long pour voir la destruction du Monte Cassino, en Latium, quartier général hypothétique et clé de la conquête de Rome. Le front se situait le long de la petite rivière Moro, qui coule dans la province de Chieti, entre les vignes, jusqu’aux abords de la cité portuaire d’Ortona. Aujourd’hui, le petit port abrite l’oenothèque régionale et le vignoble a retrouvé les courbes paisibles de son relief de collines et de piémonts.
Bien avant, l’Antiquité vit les troupes d’Hannibal arrêter leur marche triomphante pour profiter du climat et du réconfort du vin des Abruzzes; Capoue ne précipita que plus facilement leur perte.

Situation géographique

La chaîne montagneuse des Apennins, qui forme la dorsale de la péninsule italienne, culmine dans les Abruzzes au Gran Sasso à une altitude de 2.914 mètres.
La montagne sépare la région du Latium et de la douceur romaine. Voisines des Marches au nord et au sud du Molise suivi des Pouilles, les Abruzzes marquent la transition, tant du point de vue des mentalités que du climat.
Son relief grimpe depuis la plaine côtière jusqu’à la haute montagne, lieu de rendez-vous des skieurs. La vigne ignore ces altitudes et préfère coloniser les régions basses et moyennement élevées.
Le vignoble se partage en trois larges bandes parallèles. Il démarre des basses collines côtières, passe par une région médiane faite de collines intérieures et termine par une série de coteaux et replats qui occupent les piémonts. Quelques parcelles d’altitude se dispersent vers l’est, à l’arrière du Gran Sasso. Ensemble, zone des piémonts et parcelles d’altitude – soit environ 700 ha – sont considérées comme viticulture de montagne et adhèrent au CERVIM (Centre d’étude et de recherche sur la viticulture de haute montagne et de forte pente à Aoste).

Géologie

La partie interne apparaît comme un relief carbonaté, constitué de calcaires à bon potentiel hydrique du type dolomitique. La décomposition en colluvions de bas de pente, mélange d’argiles résiduelles et de cailloutis éclatés offrent leur substrat aux vignes.
La teneur en calcaire diminue avec l’altitude et se mélange dans la partie médiane avec des argiles mêlées de sable.
Enfin, plus près de la mer, le sable renforce sa présence sans en chasser toutefois ni l’argile, ni le calcaire.

Climat

Méditerranéen, le climat subit toutefois l’influence de l’altitude d’une part et est soumis aux courants froids qui viennent en hiver des Balkans. En résumé, la température moyenne varie de 12°C à 16°C. C’est pourquoi la vigne ne colonise guère que les parties clémentes et chaudes qui regardent la mer. L’établissement d’une carte des sommes des températures annuelles (indice Winkler) fait comprendre la pertinence des implantations viticoles empiriques et permet de planter aujourd’hui selon l’isotherme le plus adapté au cépage considéré. Trebbianno et Montepulciano, tous deux tardifs, apprécient la ligne des 1.800°C annuels, soit en gros le recouvrement actuel en dénomination.

Le vignoble

Hormis les vins de table peu intéressants (70 % de la production), les DOC et leurs 25% produits (dont 0,1% de DOCG) dominent en Abruzzes les 5% réservés aux IGT.
Les deux DOC occupent les quatre provinces des Abruzzes. Chieti, sur la côte vers le sud, affiche la plus grosse concentration viticole (73,38%). Suit Pescara, centre côtier (14,48%). Le nordique Teramo tombe à 10,78% et comprend le DOCG Montepulciano d’Abruzzo Colline Teramane ; elle abrite également la DOC Contraguerra, apparue en 1996. Enfin, seulement 1,36% échoit au montagneux L’Aquila.
La production en appellation des Abruzzes atteint les 920.300 hl soit 6% du volume italien.
Pescara et surtout Chieti augmentent aujourd’hui fortement leur surface par la conversion des raisins de table en raisins de cuve, par arrachage et par surgreffage.
Le Montepulciano, bien répandu, dilue ses caractéristiques territoriales dans une appellation trop générique. Un projet de spécification en 8 zones dont le nom s’ajouterait sur l’étiquette est en gestation. Les IGT bénéficient déjà de ce type d’indications qui les répartit en 9 zones. Les IGT vinifient pour l’essentiel des cépages internationaux et nationaux.

Conduite viticole

Comme un quadrillage argenté, la pergola habille de sa maille carrée le paysage viticole des Abruzzes. Bien à l’ombre, sous leur feuillage d’été, les grappes se protègent du soleil et se cueillent avec facilité. La mécanisation, autorisée, n’est guère courante : 3% à peine.
La majorité des vignes poussent en pergolas, hautes de 1,80 m. Un type de conduite courant qui semble, dans le sud ensoleillé, bien adapté aux cépages. En effet, les nouvelles plantations ne cèdent pas systématiquement au fil du palissage. Et d’après les avis autorisés, une vigne de dix ans concentre déjà ses jus. Quarante années apportent, paraît-il, une concentration incroyable.
Le rendement autorisé est de 140 quintaux/ha pour une densité de plantation de 5 à 6.000 pieds/ha. Elévation qualitative entend abaissement du rendement : néanmoins sans excès, de 90 à 110 Q/ha – correspondant à la bonne moyenne -, il tombe à 80 Q/ha pour les plus pointus.

Montepulciano d’Abruzzo

DOC depuis 1968, le cépage Montepulciano d’Abruzzo domine la région. Bien adapté à son terroir, il donne un vin bien coloré aux tanins complexes. Ces derniers, agressifs durant la fermentation, le restent si la macération est courte. A l’inverse, les macérations longues rendent les tanins tendres et apportent une longévité accrue au vin. Son rendement idéal approche les 80 Q/ha, du moins de l’avis de l’œnologue Roméo Taraborelli qui supervise neuf domaines.
Origine du nom : l’hypothèse la plus crédible parle de l’apparition du cépage Prugnolo dans les Abruzzes. Venu de Montepulciano en Toscane, il prit, selon la coutume de l’époque, le nom de son village d’origine. Les premiers écrits qui dénoncent sa présence remontent au18e siècle.

Pour accéder aux autres rubriques « IVV vous fait voir du pays », cliquer ici

Laisser un commentaire