Ambonnay : joyau de la couronne de Reims.

05/10/2020 - La localité d ‘Ambonnay se situe à la pointe sud-est du vignoble de la Montagne de Reims. Dans l’ombre de Bouzy, sa prestigieuse voisine, elle produit des pinots noirs de grande classe, points d’intersection entre la puissance et la finesse.

Les ruelles pittoresques, aux noms ouvragés en fer forgé, confère un charme chaleureux au centre du village. Gallo-Romains, Mérovingiens et moines Templiers se succédèrent sur le site. Ces derniers édifièrent au XI è siècle l’église dédiée à saint Réol. Des sculptures de pampre ceignant les chapiteaux illustrent l’importance de la vigne à cette époque. Le vignoble actuel comporte 380 ha subdivisés en 3161 parcelles, preuve que le cadre naturel ne correspond pas du tout à l’image d’uniformité, véhiculée notamment par le brut sans année. Le pinot noir occupe 310 ha alors que le chardonnay ne dispose que de 70 ha. L’équilibre dont le premier est susceptible de se gorger amena les viticulteurs à lui réserver l’essentiel de leurs coteaux tout en ménageant une petite place au chardonnay, qui ne démérite pas. Les ambassadeurs du cépage phare de la Côte des Blancs se trouvent  disséminés dans l’ensemble du vignoble, avec cependant une légère colonisation à la lisière de Trépail. Etant donné que le cru bénéficie d’un classement à 100 %, le pinot meunier y subit un ostracisme impitoyable.

Une terre septentrionale tournée vers le Sud.

Le vignoble a le regard tourné vers le sud ou le sud-est et campe sur de solides bases crayeuses du campanien (crétacé supérieur), moins fossilifère cependant qu’à Avize. A la sortie du village, en observant les pentes ascendantes qui conduisent aux bois sommitaux, on distingue les articulations majeures: trois longues croupes disposant chacune d’un versant occidental, plutôt argileux , et d’un versant oriental, où la craie blanchit davantage les terres. L’orientation générale connaît donc des variations qui diversifieront les gènes des raisins, le caractère des vins tranquilles et tout au bout du pupitre, sous l’œil attentif du maître des bulles, la personnalité des champagnes. C’est d’ailleurs là que réside tout l’intérêt que nous portons au travail du récoltant-manipulant. Quatre grands secteurs se dessinent sur la superficie du cru: le centre, la quintessence des terres à rouges, le cœur historique, exploité par les « anciens » et que les « modernes » désignent toujours par le vocable « Les Grands Côtés »; le haut, une quinzaine d’hectares,  abandonnés et reconquis ensuite ; la frontière avec Trépail, plus crayeuse et d’exposition plus orientale, et le bas, près du village, affecté à la vigne au lendemain de la deuxième guerre mondiale. La zone d’A.O.C.. ne souffre plus aucune extension … à moins qu’un dossier en suspens depuis plusieurs années n’aboutisse; il concerne une enclave boisée de 40 ha le long de la route de Trépail,  répondant au gracieux toponyme de « La Berthe » (aux longs ceps, bien sûr).

La viticulture.

Le chardonnay ne vint contester la suprématie absolue du pinot noir qu’à la fin des années quarante. On lui alloua la mission de tempérer quelque peu les ardeurs de certains sujets rouges, par trop enclins à la dureté juvénile. Actuellement, les rendements confortables ( réels, c’est-à-dire agronomiques et non administratifs) ont tendance à réduire cette virilité du pinot noir et le chardonnay oeuvre plutôt dans le cadre d’une recherche de complexité.

A l’instar de Bouzy, Ambonnay cultive une tradition de vins tranquilles rouges. Jusque qu’à la moitié du 19e siècle, ils représentaient 70 à 80 % de la production et avaient acquis une certaine réputation. Les rendements étaient aussi beaucoup plus faibles. Le regretté Jean Vesselle me résuma lors d’un repas la logique de ces produits. « Il y a quelques années, on ne les produisait qu’en grand millésime, maintenant, ils sortent de leur réserve systématiquement!». Que le pinot noir destiné au champagne joue dans la cour des grands de l’effervescence, aucun doute n’est permis, mais l’affecter tous les ans à l’élaboration de Coteaux Champenois (l’A.O.C.. de vins tranquilles) représente, pour des raisins qui peinent dans l’obtention d’une maturité suffisante pour ce type d’aventure, une démarche audacieuse. Quoi qu’il en soit, c’est sur les terres argileuses du dos de l’une des croupes que les conditions se réunissent pour relever le défi.

Le porte-greffe 41 B offre ses services aux quatre coins du vignoble et permet aux clones de s’en donner à cœur joie (comme partout ailleurs en Champagne), d’autant que les conditions climatiques des derniers millésimes avantagèrent les « sorties » importantes de grappes à l’embonpoint caractéristique. Selon le président du syndicat, des voix s’élèvent pour engager une réflexion et inciter les viticulteurs à utiliser à l’avenir des clones productifs sans être surproductifs. Les parcelles de vieilles vignes ( parfois plus de 50 ans) entrent évidemment dans la composition des cuvées de référence du cru. Les tailles en vigueur font appel au système « Chablis » ou au cordon de Royat.

Les producteurs.

Le négoce possède 70 ha à Ambonnay. Il s’agit essentiellement des maisons Mumm, Taittinger, Charles Heidseick et Pommery qui se partagent ce pactole foncier. Par contre, une bonne partie de la production prend la direction de la coopérative locale. Fondée en 1962, elle fait partie d’Union Champagne à Avize( situation qui autorise le recours aux chardonnays de la Côte des Blancs), gère l’équivalent de 145 ha, regroupe 150 adhérents et commercialise le champagne Saint-Réol. Je m’y suis rendu à plusieurs reprises pendant les vendanges et dans des installations modernes et fonctionnelles, j’y ai chaque fois constaté une propreté irréprochable. La bonne qualité d’ensemble de cette institution n’incite sans doute pas les membres à voler de leurs propres ailes et certains préfèrent un système au sein duquel ils apposent une étiquette personnalisée, après élevage sur lattes et dégorgement, sur une bouteille conçue dans les caves d’une coopérative, la même base que l’on retrouvera chez d’autres coopérateurs. Seules les initiales RC, de dimension réduite, permettent au consommateur d’y voir clair.

Les véritables récoltants-manipulants, ceux qui gèrent dans leurs murs toute l’élaboration du champagne, depuis le pressurage jusqu’au dosage, sont donc moins nombreux à Ambonnay que les listes de viticulteurs ne le laissent supposer.

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