Appellation Cadillac et premières côtes de Bordeaux

Nous l’avons souvent raconté : lorsqu’il s’agit de parler des vins liquoreux, « Bordeaux » n’est pas spécialement un réflexe.

D’une part, parce que l’image de Bordeaux est celle d’une région à grands vins rouges, et d’autre part, en raison de la présentation gustative particulièrement massive des Sauternes qui les dessert en faveur d’autres régions viticoles dont les vins sont peut-être plus fluides, plus aériens et donc plus facilement « tire-bouchonnés ».
Justement, des liquoreux dont on sait pouvoir finir la bouteille – parce qu’il s’agit bien de cela – il en existe aussi à Bordeaux.

Cadillac, la méconnue

Nous avons déjà parlé de certains Loupiac ou Sainte-Croix-du-Mont, mais nous ne nous sommes jamais arrêtés dans les Premières Côtes de Bordeaux en A.O.C. Cadillac. Pourtant, à en croire la dégustation menée le mois dernier, cette appellation doit être aujourd’hui placée sur le devant de la scène.
Il a toujours existé quelques propriétés en 1ères Côtes dont les mérites étaient distingués. Toutefois, de là à faire résonner le nom d’une appellation…
Il faut dire que les vignerons de ce vignoble, au contraire d’autres vignobles à liquoreux, sont majoritairement des producteurs de vins rouges. Vinifier des blancs liquoreux est pour eux, en quelque sorte, un luxe. Cela demande de la polyvalence dans les organisations et les exigences de travail, qu’elles concernent la vigne, le chai ou le commerce. Il y a quelque temps, il n’était pas rare qu’un vigneron s’essaie une année au liquoreux puis, les années suivantes, vinifie tout en sec, et revienne plus tard au liquoreux. Les vignerons des premières Côtes de Bordeaux ont fait de gros investissements personnels et financiers pour leur production de vins rouges – et pour cause, lorsqu’on voit la difficile issue commerciale des blancs de Bordeaux, secs ou moelleux, depuis près de trente ans. Lorsqu’ils possèdent des vignes blanches, bons élèves de l’école Dubourdieu, c’est principalement des blancs secs qu’ils vinifient : une production très exigeante, technique, mais qui n’est pas envahissante. Les liquoreux, c’est tout autre chose : il faut avoir la tête et les mains disponibles pour s’aventurer dans leur production.

Par simple manque d’identité

Parallèlement à ces difficultés de diversité de production, la non-localisation de la production de ces liquoreux n’a très certainement pas joué en faveur de l’identification, populaire et médiatique, de ces vins.
En effet, contrairement aux Sauternais, Barsacais ou Loupiacais, l’appellation Cadillac – qui ne concerne donc que les liquoreux issus d’une botrytisation des raisins- n’est pas une appellation géographiquement distincte. Elle est englobée dans la zone d’appellation des 1ères Côtes de Bordeaux, de Baurech, au nord, à Verdelais au sud. L’appellation Cadillac concerne, certes, des exigences de production particulières, mais le visiteur ne rentre pas physiquement dans le vignoble de Cadillac, cela est certainement un désavantage. Quant à l’appellation 1ères Côtes de Bordeaux blanc, elle est, en plus, désavantagée par son nom à l’instar des « Graves supérieurs » dans l’appellation « Graves ».

Si la visualisation géographique difficile du vignoble de Cadillac est vraisemblablement immuable, en revanche, la dégustation semble montrer que les vignerons s’adonnant aux joies du botrytis sont, aujourd’hui, très certainement beaucoup plus disponibles : de tous les vins goûtés, les exigences de qualité des raisins, et les réflexions, tout aussi exigeantes quant à l’équilibre des vins faits, sont parfaitement perceptibles.

A.O.C. CADILLAC :

Née en 1973, son décret d’application des règles de production actuelles date de 1980. Depuis 2001, les syndicats de Cadillac et des 1ères Côtes de Bordeaux ne font plus qu’un.
L’appellation compte aujourd’hui 70 vignerons réunissant environ 200 hectares et répartis sur 22 communes des Premières Côtes de Bordeaux. La production est d’un peu plus de 5000 hl.
Les règles de production imposent ceci :
Sucre minimum : 225 g/l
Alcool minimum acquis : 12,5%
Sucres résiduels minimum : 51 g/l
Acidité volatile maximum : 1,22
Acidité totale minimum 2,94 g/l exprimés en acide sulfurique
SO2 total minimum : 400 mg/l exprimés en acide sulfurique.

87% des vins de Cadillac sont vendus en France. A l’étranger, la Belgique est le premier acheteur avec 36% des exportations suivi du Japon (20%), de la Russie (10%) et de la Grande Bretagne (10%).

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