Chablis vs Inao

06/02/2020 - Un projet de refonte de l’appellation Bourgogne (depuis abandonné) prévoyait d’en faire sortir le Chablisien et une partie du Tonnerrois. Les producteurs de ces deux zones n'auraient plus pu se replier en AOC Bourgogne.
Parallèlement, l’INAO y aurait fait rentrer 25 communes du Beaujolais.

Le projet a finalement été remisé par l’INAO, devant la levée de boucliers notamment à Chablis.

Il y avait pourtant une certaine logique à ce projet.

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Chablis

Primo, on peut se demander si le repli en AOP Bourgogne est-il toujours une nécessité économique pour les vignerons du Chablisien.

Chablis, (qu’il soit Petit, Chablis, Premier Crus ou Grands Crus), est sans doute une des marques collectives de vin blanc les plus fortes, en France comme à l’exportation. Ici même, dans nos dossiers, nous avons dit à plusieurs reprises tout le bien que nous pouvions en penser. Et la zone dispose d’une vraie identité, différente de celle des autres blancs de la région.

Secundo, si l’on discute de la place du Beaujolais en Bourgogne (ce que font les puristes de l’Origine avec un grand O, qui se trouvent aussi souvent être des concurrents), on peut alors aussi discuter de celle du Chablisien. Les amoureux de l’histoire se rappelleront que la ville de Chablis, sous l’Ancien Régime, appartenait au Roi de France, et qu’une bonne partie de son vignoble était située en Champagne (le Mont-de-Milieu était la limite entre Champagne et Bourgogne).
A l’inverse, Les Riceys étaient alors un village bourguignon. Et encore aujourd’hui, quelque 100 km séparent le Sud du Chablisien des premières vignes du Dijonais. Alors que les vignes de Saint-Amour jouxtent le Mâconnais.

Tertio, goûtez à l’aveugle, comme moi, quelques Chardonnays du Beaujolais et dites-moi s’ils sont tellement différents de leurs cousins de Saône et Loire ou de Côte d’Or? J’aurais beaucoup plus de facilité à identifier un Chablis!

J’ai même tendance à penser que le projet d’INAO n’allait pas assez loin. Une appellation aussi hétérogène que l’AOP Bourgogne n’est-elle pas plutôt une IGP qui ne dit pas son nom?

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Beaujolais

Où est le fameux lien au terroir, quelle identité commune peut-on bien trouver entre Maligny et Fuissé, entre Irancy et Mâcon? Le calcaire? A ce compte-là, Sancerre, Cahors… ou Kimmeridge devraient pouvoir produire du Bourgogne!

Mais l’histoire, la géologie et le climat ont bon dos.
On aime à les citer à la barre quand ils peuvent être utiles.
Mais le vrai critère, aujourd’hui, c’est le critère économique.
Le Beaujolais intéresse les négociants bourguignons qui se sentent un peu à l’étroit en Côte-d’Or et en Saône-et-Loire, dont les crus sont devenus trop chers, et ne fournissent pas assez de volume.

Et le nom «Bourgogne», même générique, est un peu plus vendeur que Beaujolais.

L’INAO semble de plus en plus réceptif à ce genre d’arguments, lui qu’on disait si prudent, si technique, si déconnecté des réalités du commerce. Le risque, cependant, c’est qu’il doive de plus en plus naviguer à vue, au gré des courants économiques. Et parfois même, se renier. 

Hervé Lalau

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