Chinon, une nouvelle étoile est née à La Niverdière.

Nous disons Chinon, millésimes 1988, 89,90 : l’étoile de Charles Joguet brille au firmament Chinonais. Ces cuvées, notamment de par la qualité des tanins, éclipsent les productions des autres domaines. Avec le retrait de Charles dans la décennie 90, le vide qualitatif saute aux papilles dans l’appellation, exception faite de Bernard Baudry et Philippe Alliet, tous deux dans des styles différents. Si le domaine Joguet a retrouvé plus que des couleurs ces dernières années, voici qu’une nouvelle étoile vient bousculer la hiérarchie des valeurs. Qui plus est pour nous, Martine Budé est d’origine belge..

Cette limbourgeoise n’avait certes pas envisagé de devenir vigneronne à temps plein lorsqu’elle atterrit dans les années 90 dans le Chinonais par amour pour un vigneron de Cravant les Coteaux. Las, un jour elle se voit confrontée à une séparation douloureuse. Que faire dès lors ? Hé bien, contre toute attente de sa famille, elle décide de prendre sa revanche sur l’existence en créant son propre domaine de 5 ha en 2015 : » Mon premier contact avec les vins de Chinon remonte aux années 96/97 : je les découvrais difficiles, aux tanins âpres. Après la séparation, j’ai donc décidé que je voulais apporter un plus qualitatif dans les vins de l’appellation, écrire ma propre histoire sur un lieu historique, marquer de mon sceau l’illustre vignoble ». Dis comme cela, le discours pouvait à l’époque paraître un rien condescendant. Mais force est de constater en goûtant ses vins qu’elle a réussi son défi. La qualité des tanins est chez elle de l’ordre du soyeux, de l’élégance, très loin de toute rusticité ou âpreté. Après un bac pro en 2013, Martine décroche un stage chez Philippe Alliet : » cela m’a ouverte à une autre vision du cabernet franc ».

Clos de la Niverdière

Vigneronne indépendante d’esprit, femme passionnée et intelligente, elle est déterminée à réussir dans son entreprise. Elle travaille d’arrache-pied pour proposer des vins d’excellence et se démarquer des autres domaines : le plus important, c’est la vigne, le raisin ; je suis tous les jours dans mon vignoble. Mon bac pro et les gens que j’y ai rencontrés m’ont donné envie de travailler ainsi. Je travaille les sols. Je suis en mode bio, même si je n’ai demandé le double label pour vins bios qu’en 2021. Le rapport feuillage-raisin est fondamental. Je suis une fervente d’un rognage tardif, cela évite un entassement du feuillage. Bon an, mal an je cherche un rendement inférieur à 40 h/h. De 5 ha en 2015, son vignoble est passé à 7,5 ha qu’elle exploite seule. Les différentes parcelles sont situées sur les communes de Cravant les Coteaux, Chinon mais aussi Beaumont en Véron ou elle possède 5 ha au sein du Clos La Niverdière sur un type de sol dit « Terres douces », un mélange de sables calcaires et colluvions calcaires d’environ 1m60 au-dessus de la roche-mère de calcaire blanc. Les vignes de Cravant les Coteaux sont plantées sur 2 types de sol : d’une part les « Sablons de la Vienne », ces fameux graviers et sables mélangés, d’autre part les bas-coteaux argilo –calcaire jaune. Chacun de ces trois terroirs donne naissance à une cuvée spécifique.

Une cave dans le tuffeau

« En vinification, il faut savoir s’arrêter avec le cabernet franc. Je n’aime pas les tanins secs, austères et donc je privilégie l’infusion plutôt que l’extraction. Je veux des vins digestes. » C’est la raison pour laquelle Martine a choisi de vinifier en cuves tronconiques en béton brut. Leur inertie facilite une gestion des températures en douceur. De plus elle évite ainsi l’apport de bois dans ses vins afin de respecter au mieux une matière première obtenue dans un pressoir vertical en inox.

Les cuvées 

Renaissance 2015, mise en 2016

Les vignes d’une petite cinquantaine d’années sur les sols d’alluvions graveleuses de Cravant ont procuré un nez de fruits rouges, type groseilles bien mûres, agrémenté de touches florales. La bouche est juteuse, le fruit soutenu par une structure de discrets tanins veloutés. Une synthèse réussie de finesse et de force sous-jacente.

Renaissance 2015, élevée jusqu’en 2021

Sans ajout de soufre durant l’élevage, mais bien à la mise, voici un vin sans réduction ni oxydation. Il offre un nez épicé, profond, élégant avant une bouche superbe de fruits noirs macérés, aux tanins juteux ; la puissance est mesurée dans une matière plus enveloppée que la cuvée précédente. Bonne persistance.

Renaissance 2019

Comparé au 2015, ce vin se présente comme plus abouti avec une énergie, une force plus soutenue. Il possède une personnalité supérieure tout en ayant gardé une remarquable finesse. Grand équilibre d’une matière à la structure tanique élégante, avec un fruit mûr et de la fraicheur minérale. Très belle persistance.

Renaissance 2018

Un tout autre millésime avec pluie et chaleur, grosse pression mildiou et importante sortie de raisins, les vignes ayant compensé les pertes dues au gel de 2016 et 2017 : « il y avait un véritable mur de raisins dans le vignoble, c’était l’orgie dans le chai, les cuves étaient archipleines ». Conséquence : un alcool plus élevé dans une matière moins profonde, la relative lourdeur est compensée par une acidité acétique contenue mais immanquable. Au final, cette cuvée est certes moins élégante que 2016 avec des tanins un peu moins fins, mais elle se boit dès maintenant entre souplesse et sapidité.

Palimpseste 2016

Groseille et framboise dans un nez élégant, mâtiné de notes florales pour ce vin né sur les sables calcaires de Beaumont-en-Véron qui ont favorisé sa délicatesse. Laquelle se retrouve au palais, un bel exemple de buvabilité tout en tendresse, avec un croquant et une fraîcheur typique de 2016. Le fruité se fait savoureux, jusque dans une finale aux petits tanins juteux.

Palimpseste 2015

Une robe légère, un nez de bonbon de cassis, toujours la touche florale, une bouche équilibrée, fluide, une réelle fraîcheur un rien saline, voilà ce qui caractérise ce vin élégant et digeste, tout à l’opposé d’un vin riche comme certains autres 2015. Les vignes ont une vingtaine d’années.

Palimpseste 2018

On trouve ici plus de fraîcheur dans le même millésime dans une matière déliée, un rien joufflue mais offrant une sympathique buvabilité avec des notes de violette et de fruits.

Résilience 2016

Des vignes de 60 à 70 ans sur les sols argilo-calcaires de Cravant pour une robe de couleur plus soutenue, plus profonde. Le nez se montre cette fois légèrement tanique. La bouche offre l’ampleur attendue sur l’argile mais aussi une fraîcheur saline et un grain calcaire dans une structure légèrement accrocheuse typique de ce genre de sols. Un fin amer final pour un vin de table.

Résilience 2015

Le nez élégant de ce 2015 est moins marqué par les tanins que le 2016, mais on y décèle parmi les notes de gelée de cassis une pointe d’acidité volatile. Cette acidité participe de l’équilibre d’une matière entre fruits mûrs macérés, fraîcheur et tanins de velours à l’attaque, qui en finale se raidissent quelque peu. A comparer, le 2016 a plus de personnalité et est plus persistant.

En synthèse, Martine Budé mérite le qualificatif d’étoile chinonaise grâce à des vins qui s’illustrent par la finesse des tanins, le charme du fruit, le respect de l’expression des trois terroirs et le respect aussi du caractère climatologique des différents millésimes. Chacune de ses bouteilles vaut le détour !

www.laniverdiere.com

Un commentaire

  • Gosselin jean Noël says:

    merci pour l’info.

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