Côtes-du-Rhône orientales (2)

Suite de "Côtes-du-Rhône orientales (1)"

En valais, les vignes les plus anciennes ont 35 ans, rarement 50 et, exceptionnellement 70.

Xavier Bagnoud nous éclaire sur ces cépages autochtones.

  • L’Humagne Rouge, qui n’a aucune parenté génétique avec l’Humagne Blanche, est signalée depuis une centaine d’années en Valais. Peut-être existait-elle auparavant à l’état de traces ou a-t-elle été importée, comme certains l’affirment, depuis le Val d’Aoste. L’Humagne Rouge, cépage à la maturité tardive, a un jus incolore peu acide. Sa fertilité est bonne et elle est peu sensible à la coulure et à la pourriture. Le sondage moyen est de 85° Oechslé, et vu sa capacité relativement faible à produire des sucres, une limitation sévère au vignoble est nécessaire, faute de quoi le vin perdra en concentration et en typicité. Le vin est peu acide, typé, au caractère rustique et incomparable, avec des notes sauvages très marquées. Elle peut donner de très grands vins, même si les millésimes moyens lui confèrent des notes herbacées pas toujours appréciées. 
  • La Petite Arvine serait originaire de la région de Martigny. Son plant est de vigueur moyenne et demande de bonnes expositions. La Petite Arvine est sensible tant aux herbicides qu’au gel. L’état sanitaire du vignoble est donc très important. Son vin est corsé (13% vol.), avec une bonne acidité et typé, avec des arômes de glycines en fleur et d’agrumes. La Petite Arvine ne fait pas de malo-lactique car elle ne contient que peu d’acide malique. On conserve ainsi davantage d’arômes variétaux et de fraîcheur gustative. “De toutes façons, cette technique est ici surtout utilisée pour contrecarrer les problèmes de production, car la surcharge augmente la quantité d’acide malique contenue et amplifie le goût végétal” précise Dominique Rouvinez. La surmaturation permet de conserver du sucre résiduel, le vin gagnant alors en harmonie et en puissance, avec une capacité de garde de plusieurs dizaines d’années. 
  • Le Cornalin est probablement un des cépages rouges les plus anciens qui aient été plantés en Valais. La densité moyenne de la vendange s’élève à 88° Oechslé. Durant la période de débourrement, le Cornalin est fragile et sensible à la gelée et aux maladies cryptogamiques. Sa charge est variable, parfois trop faible, tantôt excessive. Si la charge est maîtrisée en dessous d’un kilo par m2, le vin de Cornalin sera très concentré et il prend alors une teinte violacée intense, proche de celle de la cornaline qui est une pierre semi-précieuse de la famille des agates, avec des arômes de griottes et de cerises confites. Les tannins sont toutefois un peu rudes dans leur jeunesse. Après quelques années, il acquiert une harmonie qui en fait un vin original, noble et remarquable. 

  • L’Amigne, cépage cultivé uniquement en Valais, remonte sans doute à la période romaine, ou tout au moins au moyen âge. L’Amigne aime les sols arides et rocailleux. Cépage délicat, pouvant facilement réagir aux herbicides, sa culture demande une certaine expérience. L’Amigne est une variété arrivant à maturité environ trois semaines après le Chasselas. Ce cépage fertile et vigoureux, mais très sensible au millerandage, permet de par sa nature d’éviter le dégrappage qui devient néanmoins nécessaire lorsque la nouaison est bonne. Son aire de diffusion est restreinte et c’est dans la région de Vétroz qu’elle donne les vins les plus fins. La surmaturation lui convient également à merveille. Alors le raisin se pare d’une robe couleur miel que le vin sait maintenir. L’Amigne ainsi flétrie garde sa sève et sa générosité originelle et développe une rondeur harmonieuse qu’une acidité soutenue permet de conserver pendant de nombreuses années. Le moût, qui atteint un degré alcoolique potentiel moyen de 96° Oechslé environ, est très sucré et un peu acidulé. Le vin, qui peut être d’une grande finesse, est moelleux, avec des arômes de miel d’acacias, de mandarines et il est souvent légèrement doux. L’Amigne peut également permettre de produire d’excellents vins liquoreux. 

  • L’Humagne Blanche semble être un vieux cépage originaire du Valais. Les premiers écrits relatant sa présence datent de 1313 déjà. Faible producteur de sucres, ce cépage permet la vinification de vins fins, secs et moyennement alcooliques. Si l’Humagne Blanche est adaptée à la vinification en fûts de chêne, il convient de la vinifier sans sucres résiduels. Son acidité soutenue permet à ce vin original et rare de se conserver quelques années, et c’est alors qu’il délivre lentement une personnalité rustique et complexe, teintée d’arômes de résine et de fleurs. Une originalité de l’Humagne Blanche est qu’elle contient naturellement trois fois plus de fer que les autres vins et qu’elle a été pour cela désignée “vin des accouchées”. De maturité assez tardive, elle était autrefois assez répandue en Valais. La richesse en sucre du moût atteint en moyenne 83° Oechslé.
  • Le Rèze est maintenant une rareté. Il était pourtant le cépage le plus représenté au 19ème siècle et a été depuis lors supplanté par le chasselas. Le Rèze était autrefois à la base du fameux vin des glaciers. Ce cépage de seconde époque hâtive est de vigueur moyenne et de bonne fertilité, quoique assez irrégulière. Le vin est blanc, rustique et acide, au goût iodé.

Conclusions

En Valais, le climat est sec et chaud, les sols variés. Aussi, on ne sera pas étonné que la vigne s’y plaise. Cinquante six cépages sont cultivés, dont seule une vingtaine ont une réelle importance en termes de surface. Parmi cette magnifique diversité, quelques cépages sont uniques au Valais comme l’Amigne, la Petite Arvine, le Cornalin et l’Humagne Rouge et Blanche. Ces cépages sont exigeants au plan de l’ensoleillement comme des soins à apporter à la vigne. En contrepartie, ils donnent des vins de qualité et de caractère, de plus en plus reconnus, comme en France ou en val d’Aoste où l’on plante de la petite Arvine.

Le pinot noir, cépage valaisan ?

Le Pinot noir est le cépage rouge le plus planté en Suisse et en Valais. “Le pinot noir est aussi de chez nous. Nos parents et grands-parents l’ont toujours connu !” dit Jean-Charles Favre. Cependant, il n’a été introduit en Valais qu’en 1848. Dès 1885, il s’est répandu peu à peu dans les vignobles de Sierre et de Salquenen, pour finalement intéresser l’ensemble du vignoble valaisan après la crise due au phylloxéra du début de ce siècle. Ce cépage a fait l’objet de nombreux travaux de sélections et on compte aujourd’hui plusieurs centaines de variétés internes différentes. Les plus connues en Valais sont les dénominations “Pinot Valais, sélection Nicollier”, “Pinot Wädenswill”, “Pinot Oberlin” et “Pinot Cortaillod”. Le Pinot Noir, remarquable par sa précocité (première époque), peut être planté dans les zones moins favorables. Il constitue alors une alternative noble aux Gamaret, Garanoir et autre Diolinoir. “Auparavant, la recherche de coloration n’était pas une priorité, le tuilage était même considéré comme normal” dit Mike Favre. Les rendements étaient alors élevés, de l’ordre de 1,2 kg par m2 (soit 90hl/ha) et les raisins vendangés trop tard. “Notre priorité est d’abaisser ces rendements, de réduire les amendements et d’éviter la surmaturité, même si un pinot noir qui titre 13,2% d’alcool peut être élégant” précisent les deux frères, dont les pinots sont régulièrement primés.

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