Coups de Coeur : Mas Amiel, déclinaison oxydative

22/04/2016 - En trois décennies successives, le Mas Amiel nous démontre sa maestria des élevages oxydatifs en Maury. Un monde particulier qu’il nous plaît d’explorer…

MA VINGT ANS d’ÂGE – Maury

20AnsdAgeMauryMasAmiel1La robe café noir aux reflets bistre attire l’œil, invite le nez à y plonger sans plus attendre. Il n’est pas déçu, l’oxydation large s’est agréablement développée. Il y a là cet accent de rancio bien caractéristique, mélange de pâte de noix et d’iode. Il n’y a pas que les embruns lointains, mais aussi de délicats arômes de torréfaction qui  rappellent le caramel un rien brûlé des crèmes catalanes, le candi sombre et le parfum un peu animal du muscovado. Des herbes sèches apportent leur bouquet. La bouche hésite entre douceur, amertume et acidité. Pour ne pas choisir, elle les tresse en une natte serrée qui libère chaque goût avec parcimonie mais régularité. On y reconnaît les amers respirés mais légèrement transformés par les notes minérales et terreuses de gentiane et de réglisse. De l’agrume confit, apparaît aussi, riche de saveurs acides-amères, mêlées de la suavité de la pâte de pruneau. Viennent encore un rien de cuir, d’aiguilles de pin, de figues et dattes sèches, de poivre noir, … ça ne s’arrête jamais. 34.00€

MA TRENTE ANS d’ÂGE – Maury

30AnsdAgeMauryMasAmiel1Un bel ambre ocre brûlé aux reflets brique aguiche l’œil. Une véritable crépitation de suavités à venir agasse le nez, la bouche s’impatiente déjà. Le chocolat surgit en premier, épicé de poivre cubèbe, de graine de coriandre, de quinquina, mais aussi relevé d’élégantes notes herbacées de garrigue nuancées de thym, de sauge et de cade. Puis, des fragments d’algues sèches apportent leur senteur marine. La bouche se révèle sage. Une fraîcheur amère, au goût de gelée de citron et de réglisse, s’y développe tout doucement, tempérée par l’onctuosité de la texture, par la douceur ambiante, par la largeur du vin. Ensuite, une impression tannique et un relief minéral relancent la délicate vivacité, dynamisent les arômes de cacao, de café, ce léger brûlé qui rappelle les biscuits sablés un rien trop cuits, le praliné. 44.00€

MA QUARANTE ANS d’ÂGE – Maury

40AnsdAgeMauryMasAmiel1Plus claire, la robe ocre brun tourne avec raffinement dans le verre. Le nez éveille d’emblée une foule de souvenirs où chacun trouve selon son acuité ici du cuir frotté, là un brin de muguet un peu séché, un bouton de rose, quelques gouttes d’embruns, un lit d’aiguilles de pin, une pincée de tabac, une pointe de Cayenne, … tourne encore avec raffinement, le Maury à chaque giration complète l’énumération. La bouche semble ne pas avoir d’âge, elle paraît fraîche presque juvénile, offrant fruits et fleurs juste mis en bouquet, écorces d’agrumes à l’amertume pimpante. Puis vient la sagesse des torréfactions douces aux mokas onctueux, aux caramels savoureux, aux quinquinas délectables, série amère qui se tresse d’iode et d’éclats de pierre pour affirmer son rancio. Mais avant de nous quitter, le vin nous offre une dernière émotion, une envolée vers un infini éthéré plus léger que l’air, mais immensément présent d’abord sur la langue, ensuite dans notre mémoire. 67.00€

Vinification

Les trois décades offrent le même assemblage fait de 90% de Grenache, 5% de Macabeu et 5% de Carignan qui poussent dans des sols de schistes décomposés et de marnes noires. Leur pleine exposition au sud leur garantit une maturité optimum.
La récolte manuelle voit sa vendange éraflée. S’ensuit un mutage sur grains suivi d’une macération de 30 jours permettant d’extraire la matière, les arômes, les polyphénols, … contenus dans les baies garant d’une belle structure équilibrée entre fruits, alcool et sucre.
Élevage de 1 an en bonbonnes de verre placées à l’extérieur puis en foudres de chêne de 350 hl jusqu’à la mise en bouteille.

CEVER-BOBONNES-Front

À boire simplement comme ça quand l’envie nous prend, moment de quiétude, réparateur ou de pur plaisir. Ou encore en mangeant quelques fines tranches de jambon ibérique ou un léger toast aux anchois aux câpres. On peut le garder à table et lui faire accompagner une terrine de gibier, une salade de lentilles au museau peu vinaigrée mais bien relevée, pour l’entrée. Ensuite, le rare lièvre à la royale le trouve idéal, plus simplement une viande étuvée, une carbonnade, un hochepot (il fait merveille sur les légumes cuits), le voit d’un bon œil. N’hésitons pas sur les fromages, presque tous lui font la cour. Le dessert certes, mais en harmonie, chocolat amer, praliné, pignons grillés, … Et pour terminer si d’aventure le cigare vous plaît, un puro havanais termine agréablement la ronde des mets. http://masamiel.fr/
www.young-charly.com

Marc Vanhellemont

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