Crozes-Hermitage, the most beautiful price

Le vin évolue comme la société ! En France comme ailleurs, les cœurs de gamme, comme les classes moyennes, se désagrègent. Fini le temps où chacun selon ses moyens pouvait trouver chaussure à son pied, fini l’heureuse époque où le vin même grand classé venait certains jours particuliers accompagner le festin d’un retraité. Que reste-t-il ? Hauts de gamme onéreux, au prix sans doute justifié, ou bibines sans âme et produits industriels techniquement bien faits. De-ci de-là subsistent quelques rares endroits où la modération reste de mise ! ! !
Crozes Hermitage en est un exemple.

M’accuser d’introduire l’appellation septentrionale par un scénario catastrophe peut sembler exagéré ou hors de propos.
Mais regardons la vérité en face, l’analyse de la situation actuelle avalise la réflexion. Les vins français reculent dans leur marché interne, victimes involontaires des velléités antialcooliques; ils piétinent à l’export, mal étayés par une communication désuète axée sur une idée de suprématie obsolète; enfin, ils subissent la concurrence accrue des vins étrangers sur toute la gamme et tous les fronts, aujourd’hui encore hors hexagone, et demain ?
Dès lors, montrer du doigt, même si les règles de savoir-vivre l’interdisent, une appellation où tous les acteurs gardent la tête froide et des prix modérés semble légitime et plus que justifié. C’est pour la bonne cause, merde ! ! Il faut les porter aux nues, les acclamer, leur baiser les pieds. Pourtant, l’appellation essuie un déficit d’image ! Il n’y a pas chez eux, il est vrai, de vins médiatiques, de concentrations extravagantes moulées pour les concours, d’étiquettes qui font tomber en pâmoison les dégustateurs émérites des clubs à la mode.
On y fait du vin à boire, ce n’est pas tendance du tout !
A nous, ça nous plaît, alors parlons-en.

Situation géographique + quelques chiffres

La plus grande des appellations septentrionales développe ses 1.360 ha* sur la rive gauche du Rhône, du nord de Serves-sur-Rhône au sud de Pont de l’Isère. Tain l’Hermitage occupe le centre de l’entité qui compte 11 communes drômoises dont celle de Crozes-Hermitage à l’origine du nom.
Il s’y est produit 41.100 hl en 2003 dont 3.900 en blanc (moyenne habituelle = 50.000 hl dont 4.000 en blanc).
L’export oscille de 35 à 40% avec comme principaux pays destinataires, la Scandinavie, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et la Belgique.
*extension maximale = 4.600 ha
Le prix moyen de la bouteille tourne autour des 9 euros. Un montant assurément très sage dans le climat de surenchère général. En face par exemple, sur l’autre rive, la droite, les prix s’envolent et ne trouvent plus justification – malgré un travail à la vigne pénible, long et difficile – tant auprès des négociants que des cavistes ou des importateurs.
Le tarif bas n’exclut pas pour autant la qualité, celle-ci se trouve aisément. La vingtaine d’entreprises visitées, soit presque la moitié des metteurs en marché, en témoigne.

Les terroirs de Crozes-Hermitage

42 caves particulières, 3 négociants et 2 caves coopératives se partagent l’étendue des parcelles. Variation de sols bien différents qui répartit son relief et son climat en deux entités bien distinctes. La D 532 qui va de Tain à Romans, en passant par Chanos Curson, trace une bonne démarcation entre les deux parties, nord et sud.

Le sud

Plutôt plat, il se distribue en grandes terrasses légèrement étagées qui présentent à leur limite un relief de jointure en forme de coteaux à peine marqués. Sa formation date principalement de la dernière glaciation dite de Würm et se compose d’un sol profond d’alluvions fluviatiles et torrentielles très caillouteuses à matrice d’argile rouge. Cette partie comprend les villages de La Roche de Glun, Pont de l’Isère et Beaumont Monteux ou encore les quartiers Terrasses des Châssis et des Sept Chemins, pour citer les plus connus.

Le nord

A partir de la départementale, la géologie vieillit et se complique. Les glaciations de Riss, puis de Mindel, maculées toutefois en surface de loess calcaires du Würm, prennent la relève à la suite des Châssis et forment un grand quadrilatère avec, comme sommets, Chanos, Mercurol, Crozes-Hermitage et Tain. Le relief s’accentue et enchaîne coteaux et petites terrasses parfois haut perchées, faites d’alluvions, mélange d’argiles sableuses et caillouteuses.
Par contre, vers l’est de la commune de Chanos Curson, les affleurements tertiaires argileux du Pliocène inférieur font leur entrée, plongent en dessous du quadrilatère précité et se retrouvent aux alentours de Larnage. Larnage qui détient, par ailleurs, un faciès très particulier, une poche Eocène faite de sable kaolinique* très pur, d’un blanc surprenant. Une particularité géologique qui apporte aux vins issus de ce sol une structure différente.
Les sols primaires d’arènes granitiques et gneiss prennent le relais nordique, recouverts par endroit des mêmes loess calcaires du Würm. Sur Gervans, un reliquat de terrasse würmienne offre son cailloutis aux vignes. Les communes d’Erome et Serves sur Rhône se suivent au nord sur les gneiss et les loess.
*Le kaolin (Si2O9Al2H4) est une roche argileuse blanche et friable, réfractaire, qui entre dans la composition de la porcelaine

Le climat

Le climat tempéré dépend, pour les nuances, du relief et de la qualité du sol.
Le sud apparaît plus méridional par ses galets qui se réchauffent plus vite au soleil; ce caractère solaire se retrouve dans le fruité et la chaleur des vins. Les sols filtrants et le Mistral rendent la partie sud plus sujette à la sécheresse. Moins défavorable pour les millésimes de type pluvieux comme 2002, et à l’inverse plus angoissant sous les soleils sans pluies du genre 2003.
L’extrémité nordique, exposée au Mistral, fraîche par ses granits, plus humide par ses précipitations dues au relief, retarde ses floraisons et par conséquent repousse la date de ses vendanges. Les vins en sortent plus austères, plus structurés et gardent leur fruit en retrait.
La partie centrale, en coteaux, abritée du Mistral et exposée au sud offre un climat médian. Les vins y sont plus structurés qu’en plateau sud et moins fermés que sur le versant nord.
Le kaolin de Larnage, sol froid à cause de son albédo* important, confère une certaine sévérité aux vins, mais les rend également altiers et très élégants dans les deux couleurs.
Les variétés territoriales engendrent la diversité des vins !
Ajoutons-y la patte du vigneron pour obtenir une appellation riche en nuances, des syrahs croquantes et solaires aux marsannes minérales et altières.

*albédo = pourcentage de radiation lumineuse réfléchie par une surface donnée. Les surfaces claires réfléchissent plus la lumière et s’échauffent moins, les surfaces sombres absorbent plus la lumière et s’échauffent plus.

Les conduites viticoles

Le fil de fer s’installe vers les années 60; il subsiste toutefois beaucoup de gobelets qui correspondent pour l’essentiel aux vieilles vignes. Accrochées au fil, les vignes poussent en cordon de Royat simple ou double, le double permettant un maintien du pied plus droit.
Le nombre de pieds varie de 3.800* à 5.000 pieds/ha; parfois exceptionnellement, la densité atteint les 6.000 pieds/ha. La tendance actuelle est de 4.500 pieds/ha.
Le rendement autorisé est de 45 hl/ha plus PLC de 10%, négociable chaque année (le même depuis 1973).
*3.800 pieds/ha correspondent aux plantations des années 1970, celles des personnes qui raisonnaient en viticulture comme en arboriculture. Mentalité qui, il y a encore quinze ans, leur faisait éclaircir les fruitiers et pas la vigne, celle-ci poussait apparemment toute seule. Les choses ont heureusement changé, en partie.

– Dom. Combier – www.domaine-combier.com
– Dard & Ribo
– Dom. des Entrefaux – www.domainedesentrefaux.com
– Dom. Gilles Robin – https://www.gillesrobin.com
– Yann Chave – www.yannchave.com
– Alain Graillot – www.domainegraillot.com

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