Découvrez l’Alto Adige

Mon premier parle allemand, mon deuxième est une DOC italienne, mon troisième a pas mal de cépages français…
Mon tout? L'Alto Adige, alias Südtirol.
L'appellation la plus au nord du vignoble italien n'est pas avare de contrastes. Aux neiges des pics alpins répondent les palmiers des vallées. Si les plaines sont couvertes d'innombrables pommiers en fleurs en ce mois d'avril, les contreforts montagneux sont eux riches de vignes. Vaut le détour.

Quittant Vérone en direction du nord, l’automobiliste suit la route du Col du Brenner et de l’Autriche pour grimper en direction du Südtirol, cet ancien avant-poste sudiste de l’empire austro-hongrois. La plaine fait bientôt place à la vallée de l’Adige qui va se rétrécissant à mesure que l’on monte. En sa première partie, elle offre un paysage bucolique dans la région du Trentino, avec des pentes assez douces. Au-delà de Salorno, le visiteur entre dans ce Sud Tyrol convoité pour son soleil et ses paysages montagneux. La vallée rapproche les hautes parois de formations rocheuses qui bordent l’autoroute jusqu’au moment où la perpective change pour s’ouvrir en une dépression au cœur de laquelle trône la ville de Bolzano.

Un peu d’histoire

Le Südtirol, comme son nom l’indique, constitue une sorte d’accident dans l’histoire d’Italie. Annexée seulement en 1919, la province de Bolzano a gardé une spécificité alémanique dans son architecture et sa culture. La majorité de ses habitants parlent allemand, et ne se sentent sans doute toujours pas entièrement italiens, près d’un siècle plus tard.
Leur passé est lié à celui du Tyrol. Au Moyen Age, la plupart des vignobles appartenaient à l’église et une partie du vin repassait le Brennerpass vers les monastères du sud de l’Allemagne. Napoléon et son cortège de sécularisations mirent fin à cela. C’est d’ailleurs ce petit Corse aux visées impérialistes qui baptisa la région du nom qui est resté le sien en italien. Les terres revinrent aux paysans qui virent ensuite, au cours des décades, le code patrimonial napoléonien avoir son effet bien connu en Bourgogne notamment : les divisions successives du patrimoine. Ici, elles laissèrent à chacun un lopin de vignes trop petit que pour permettre d’assurer la subsistance. Pour échapper aux griffes des négociants, ces paysans se groupèrent dès la fin du 19è siècle en coopératives, aujourd’hui encore fort nombreuses.
L’annexion de 1919 ne resta pas sans effet sur ces producteurs : ils perdirent l’essentiel de leur marché traditionnel avec l’Allemagne et l’Autriche pour se retrouver noyés dans l’océan des vins rouges italiens. Aussi, le vignoble a-t-il été réduit de moitié entre 1900 et maintenant pour faire place, en plaine, à la culture du pommier. Dans la deuxième moitié du 20è siècle, un nouveau dynamisme souffla sur les vallées de l’Alto Adige et les vins blancs et rouges repartirent à l’assaut du marché germanique avec un beau succès. Mais la mondialisation du secteur vinicole en ce début du 21è siècle n’épargne pas plus le Südtirol que d’autres et une diversification des marchés s’impose.

Un vignoble de pré-montagne

Lorsque l’on contemple la carte, on voit clairement que les cours d’eau et leurs vallées constituent un vignoble en forme de Y. La branche inférieure s’étend de Salorno au sud jusqu’à Bolzano. La partie sud porte le nom de Unterland : c’est la plus chaude, on y cultive pratiquement tous les cépages de l’Alto Adige dont le gewürztraminer qui devrait son nom et son origine au village de Tramin. La zone suivante est appelée Überetsch (au-delà de l’Adige, vu de Bolzano) : on y trouve la zone du Caldaro Classico autour du Kalteresee où le vernatsch – schiava de son nom italien – règne en maître, et des villages comme Girlan, Eppan , St Pauls. Les collines qui ondulent gentiment de 300 à 700m d’altitude sont couvertes de vignes : il s’agit de la zone viticole principale où sont plantés pinot blanc, pinot noir, chardonnay et schiava, notamment.
Le bassin de Bolzano, au pied de la montagne, se trouve au centre du Y : le microclimat méditerranéen se remarque aux cactus sauvages, aux palmiers et aux lézards notamment. Les collines entourant la ville, Colli di Bolzano, produisent un schiava fort souple. Plus intéressant est un faubourg ouest de la ville, Gries où le cépage local lagrein trouve un site idéal pour réaliser son potentiel.
En poursuivant la route sur la branche nord-ouest du Y, en direction de Merano, on trouve dans la vallée de l’Adige des villages comme Andrian et Terlan. Ici les vignes s’étalent entre 250 et 900 m, les cépages blancs dont le sauvignon se sentent bien sur les expositions plein sud sur sol de porphyre. On y cultive aussi du riesling, du pinot blanc, du chardonnay.
La branche supérieure nord-est du Y est celle de la vallée du Eisack/Isarco. Elle démarre avec les collines de Santa Maddalena surplombant Bolzano : le potentiel de ces expositions sud entre 260 et 550 m semble énorme pour des cépages rouges ; hélas, on y rencontre trop de vernatsch faisant des petits vins assez indifférents. Poursuivant la route, on arrive dans les vignobles de Klausen et Brixen, accrochés à plus de 500 m au flanc du piémont. Ici, la plupart des cépages sont germaniques : sylvaner, müller-thürgau, kerner, gewürztraminer mais aussi grüner veltliner.

Climat et sols

Sa position sur la face sud des Alpes assure au Haut-Adige une protection contre les vents froids du nord et l’ouvre à l’influence méditerranéenne. En été, les températures dans les vallées peuvent être torrides. Seuls quelques orages viennent interrompre les longues périodes de sécheresse. Quant aux automnes, ils font souvent place à l’été indien.
Les sols sont assez hétérogènes même si on trouve en beaucoup d’endroits des sables graveleux et des débris de moraines glacières recouvrant un sous-sol calcaire. Ces sols légers et bien drainés se réchauffent rapidement d’autant que les rayons du soleil baignent les pentes des coteaux sur lesquels beaucoup de vignobles sont plantés en terrasses. Les nombreuses expositions plein sud offrent un ensoleillement des plus longs.

Les appellations, la production, la qualité

La plupart des vins se présentent en DOC, soit simplement Alto Adige/Südtiroler, soit avec mention d’une zone spécifique comme Kalterer, Meraner ou Sankt Magdalener. De plus, une mention de cépage se retrouve souvent sur l’étiquette. Les 5000 ha de vignes fournissent en moyenne 400.000 hectolitres par année, dont à peine 10% de Vino da Tavola.
Le cépage dominant est le schiava ou vernatsch qui représente environ 60% des plantations. Parmi les 18 cépages que l’on rencontre dans la région, il n’est hélas pas le plus intéressant. Les vins qui en sont issus sont le plus souvent légers, avec une note d’amande en finale.
Le lagrein, à l’inverse, m’a semblé être le cépage autochtone avec le potentiel le plus intéressant. Son nom suggère une origine dans une vallée du Trentin, Val Lagarina. On rencontre son nom dès le 17è siècle dans les écrits d’un monastère proche de Bolzano. Cépage tardif, il se vendange en principe durant la première quinzaine d’octobre. La version lagrein dunkel peut donner un vin rouge foncé et structuré, au fruit évoquant la syrah et aux tannins dont le caractère un rien sauvage lui confère une personnalité propre. On en compte 284 ha en plantation. Par comparaison, le pinot noir représente 274 ha, le cabernet 153 ha et le merlot 159 ha. Ces derniers ont été introduits dès le 19è siècle. Il ne s’agit donc pas d’une mode récente.
En parcourant les vignobles, on s’aperçoit de l’importance qu’a gardé le mode de conduite en pergola. Et pourtant, les meilleurs vignerons s’accorderont à dire que le passage en modes de conduite moins productifs permettant de faire mûrir les peaux des raisins est un facteur décisif dans la production d’une qualité supérieure.
De nombreuses coopératives reçoivent les raisins de leurs membres. Elles contrôlent environ 2/3 de la production annuelle.

– Kaltern Caldaro – www.kellereikaltern.com
– Niedermayer –– www.niedermayr.it
– Gries – www.muri-gries.com
– Fr. Haas  – www.franz-haas.it
– M. Hoffstätter – www.hofstatter.com
– St. Maddalena – www.kellereibozen.com
– Arunda – www.arundavivaldi.it

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