La Taille : un problème de taille !

04/11/2020 - Parmi les travaux de la vigne, la taille revêt une importance capitale, ne fût ce que par ses répercussions sur la longévité et la qualité de l’exploitation, sa durée et son caractère ardu.

La vigne est une liane qui, à l’origine, grimpait le long des arbres pour trouver le soleil nécessaire à sa photosynthèse. Ce faisant, elle produit plus de bois que de fruits. Ce phénomène, connu sous le nom d’acrotonie, est ingénieux mais immoral. En effet, les bourgeons les plus hauts, derniers nés, émettent des hormones empêchant le développement des yeux situés plus bas. La dernière génération inhibe ainsi toute évolution des générations précédentes.

Le travail du viticulteur consiste à dompter cette croissance anarchique en équilibrant l’allongement des bois, pour laisser passer les engins agricoles, et le nombre de bourgeons, pour influer sur la qualité du vin.

La taille démarre après que les courants anticycloniques de fin novembre ont emporté le patch-work de feuilles automnales.

On distingue dans le Languedoc-Roussillon trois types de taille :

  • le gobelet qui se caractérise par un tronc court et des bras s’ouvrant largement dans toutes les directions. Se pratique sur les cépages méditerranéens tels que carignan, grenache et mourvèdre.
  • le cordon de Royat est une taille courte étalant la zone fructifère sur deux bras horizontaux situés de chaque côté de la souche. La plupart des syrah sont en Royat.
  • la taille Guyot laisse une baguette et un courson ” de rappel ” à deux yeux pour le renouvellement de l’année suivante.

Comme à Bordeaux, le merlot et le cabernet en bénéficient.

Si tailler une vigne se ramenait à raccourcir les bois il n’y aurait pas de problèmes ; mais il y a la manière.

La tâche est plus complexe qu’il n’y paraît. Pas évident de trouver une main d’œuvre qualifiée, sachant qu’il faut tailler sous le vent, qui distingue les sarments à fruits des autres et soit suffisamment consciencieuse pour éliminer du tronc de la souche les ” gourmands ” ou rameaux indésirables….

En fonction de la taille, du terroir et de la vigueur de la souche, un pied de vigne taillé en gobelet peut varier de 200 feuilles et 1,15 m² de surface foliaire totale dont 1 m² de surface exposée, à 900 feuilles et 6,5 m² de surface foliaire totale dont 2,5 m² de surface exposée. Dans le premier cas, il y a optimalisation de la taille car le maximum de feuilles jouent leur rôle physiologique. Dans le second cas, les feuilles du milieu prendront rapidement des teintes jaunâtres et abandonneront leur rôle actif tout en accaparant, pour survivre, une partie de l’énergie destinée à la bonne maturation des baies.

Le personnel d’une exploitation ne suffit pas à assurer la taille, il faut embaucher. De moins en moins de jeunes se destinent à la viticulture. Le métier étant considéré comme trop dur, surtout la taille, pratiquée dans des conditions climatiques très rigoureuses, alors que le statut d’ouvrier agricole s’est fortement dévalorisé dans le contexte social. Les anciens, expérimentés, se font rares. Cette quasi pénurie ne serait encore qu’un moindre mal s’il ne venait s’y greffer l’ulcère du travail ” au noir “.

La législation sociale est tellement bien faite qu’il faut, à un jeune, un caractère bien trempé et une sacrée fierté personnelle pour accepter une fiche de salaire. Il est la risée de ses copains, ” titulaires ” d’un revenu minimum d’insertion auquel se greffe l’indemnité de logement et les soins médicaux gratuits. Eux se contentent de quatre mois de taille et trois semaines de vendanges, le tout ” au noir “, pour un même revenu annuel avec un bonus de sept mois de congé. Les anciens, en préretraite ou retraités, bridés en revenus complémentaires, rechignent à se faire déclarer. Pour les exploitations qui ne sont pas soumises au forfait, ne disposant pas de caisse noire, obligées de justifier chaque dépense, la situation devient catastrophique.

La mécanisation n’étant pas en vue, c’est un problème de taille qui se profile à l’horizon !

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