L’Aligoté n’est pas celui que vous croyez

12/03/2020 - L’Aligoté, l’un des cépages emblématiques de la Bourgogne, longtemps dénigré, revient en force. Du moins dans le verre de quelques amateurs avertis, heureux de sa renaissance. Une renaissance due à sa montée en qualité. Aujourd’hui, il sied à l’apéritif (sans cassis !) et trouve agréable d’agrémenter de nombreux plats de ses arômes floraux.

Non, le Chardonnay n‘est pas le seul cépage blanc de Bourgogne ! N’oublions pas son frère l’Aligoté, qui vaut beaucoup mieux que sa réputation de petit blanc pour le Kir. Comme le prouve notre dégustation.

Une histoire de famille

Il était une fois une famille de cépages, les pinots, dont un membre, le Chardonnay, attirait toutes les attentions. Au détriment de ses 15 frères, qui ont tous les deux mêmes parents (le Gouais et le Pinot noir). Parmi lesquels, le Muscadet (ou Melon), le Tressalier, le Romorantin, le Gamay et… l’Aligoté.

La Bourgogne n’est peut-être pas son lieu de naissance; il répond en effet aussi au nom de Blanc de Troyes, ou Troyen. Au 19ème siècle, on cite d’ailleurs sa présence aux Riceys, «sur les replats des côtes». Mais on le rencontre aussi en Lorraine, notamment à Bar-Le-Duc, sous le nom de Vert Blanc.

L’origine de son nom n’est guère plus assurée: en vieux françois, aligoté veut dire rapiécé, mal habillé; ce qui lui donnerait une vague parenté avec l’aligot aveyronnais et avec le haricot de mouton.

Quant à son aire, elle a depuis longtemps débordé les frontières du Duché de Bourgogne. Sans doute grâce à sa bonne résistance au froid, on en trouve dans bon nombre de pays d’Europe de l’Est, notamment en Bulgarie et en Roumanie (où l’on en fait des bulles); mais aussi dans le Diois (c’est le cépage blanc de référence du Châtillon-en-Diois) ; ou encore en Californie, en Australie, au Canada ou au Chili.

Sur les quelque 20.000 hectares recensés dans le monde, seulement 1.600 se trouvent en France. En Bourgogne, il représente environ 6% de l’encépagement.

Sous-estimé

Son statut de «second couteau» ne date pas d’hier; en 1850, déjà, Victor Rendu, qui le désigne du nom de Giboudot Blanc, d’Alligotay ou encore de Troyen, selon les régions, parle de «cépage grossier» «très productif» et donnant des «vins plats».

Il s’en est cependant replanté après le phylloxera. Et une petite zone s’est même spécialisé dans sa culture, Bouzeron, AOC depuis 1997. Ce vignoble situé tout au nord de la Saône-et-Loire, entre Rully et Chagny, est planté sur des calcaires du Bathonien, comme à Comblanchien, ou de l’Oxfordien (comme à Chablis); ce qui tend à prouver que l’Aligoté y aurait toute sa place… si le Chardonnay n’y régnait pas en maître.

Les vins de notre échantillon sont d’ailleurs issus de diverses zones de Bourgogne, et pas seulement de Bouzeron. Au risque de contredire M. Rendu, nous les avons trouvés tout sauf «plats». Tous présentaient une belle charpente acide, et les meilleurs, pas mal de matière autour. Les Bourguignons ont d’ailleurs une jolie formule pour évoquer l’Aligoté: ils parlent de «rondeur pointue».

Et ce qui ne gâte rien, l’Aligoté est généralement proposé à des prix démocratiques. Mais n’anticipons pas: voici notre sélection. Ont participé à la dégustation: Johan Degroef, Hervé Lalau, Marc Vanhellemont et Nathalie Verbogen.

Dégotés pour vous

Bourgogne Aligoté 2017- Château de Buxy – Laurent Cognard

Cette cuvée est aiguisée comme une lame, fumée comme un silex frotté, mais aussi grasse, avec ses notes de coing et de miel en bouche. C’est sans doute le bon moment pour la déboucher, car après un peu plus d’un an de bouteille, son acidité est maintenant bien intégrée. Et pour couronner le tout, ce vin nous offre une jolie pointe saline en finale.
Mais on en oublierait presque le nez, qui, sans être exubérant, nous gratifie tout de même d’un très beau panier de citrons et de jolies notes florales (aubépine, oranger, acacia).


Compte tenu de cette belle structure, on pourra donc le présenter, non seulement aux fruits de mer, mais également aux fromages de chèvre et aux volailles.
Le Domaine Laurent Cognard comprend quelque 9 hectares de vignes; sa cave est située à Buxy. Il produit du Mercurey, du Montagny, du Crémant de Bourgogne et plusieurs cuvées de Bourgogne, dont cet Aligoté, issu de vignes plantées à Bissey, au Nord de Buxy, sur une petite enclave de sols granitiques qui réussissent visiblement aussi bien à l’Aligoté que les calcaires.
laurent@domainecognard.fr.
www.wildvanwijn.be

Bourgogne Aligoté 2018 – Domaine Maldant Pauvelot

Robe jaune nuancée de vert au nez légèrement vanillé qui sublime la noisette, une note fumée qui enveloppe la pierre à fusil. Une bouche acidulée, c à d bien fraîche avec des arômes de fruits secs, de fougère, et qui se voit encore boostée par l’amertume de la réglisse. Un joli gras qui apporte un confort buccal. La longueur nous apporte des épices qui poudrent quelques feuilles de menthe.
Pressurage rapide et doux de raisins bien mûrs à l’abri de l’air car l’Aligoté est très sensible à l’oxydation. Les moûts sont filtrés avant la fermentation alcoolique. Élevage 10 mois sur lies en cuve.
www.domaine-maldant.com
www.drinksco.be  – www.time2wine.be 

Buissonnier 2018 – Bourgogne Aligoté – Vignerons de Buxy

Doré vert au nez qui hume l’églantier qui semble pousser dans des terres calcaires et génère une note légèrement toastée grillée parfumée de fruits secs comme la noisette et la pistache. Une bouche riche mais bien rafraîchie par l’amertume de la gentiane et des zestes de mandarine. La belle densité de ce vin se développe sur une assise minérale au léger relief, avec reliquat de CO2..
Les Aligoté poussent dans des éboulis calcaires à matrice argileuse. Vinification et élevage se déroule en cuve inox.
www.vigneronsdebuxy.fr
www.sobelvin.be –  www.drinksonline.be

Bourgogne Aligoté – Millebuis 2018 – Vignerons de Buxy

Vert doré lumineux dont le nez solaire aux accents de fruits jaunes et blancs, bien épicés de poivre et de muscade, donne envie d’y goûter sans tarder. La bouche répond à l’attente, ample aux agrumes confits, mandarine et cédrat aux zestes doux amers plaît d’emblée. De la rose ancienne vient ensuite, élégante, elle semble poussée sur un fond minéral qui renforce la structure du vin.
Les Aligoté, récoltés à parfaite maturité, sont issus de différentes parcelles au sol limono-sableux. Pressurage pneumatique doux et débourbage étudié pour rechercher l’intensité des arômes. Fermentations alcoolique et malolactique en cuves inox.
www.millebuis.fr

Bourgogne Aligoté 2018 – Vignerons de Mancey 

La robe jaune doré offre un nez solaire avec la fraîcheur du citron vert et la gourmandise de la mirabelle. La bouche acidulée avoue un goût d’amande et de noix qui apportent leur amertume à la pomme douce et aux agrumes légèrement confits. Sa saveur se voit amplifiée par sa sapidité saline et une impression de cacao, de grillé qui déboule en finale.
Acheminés avec soin au pressoir, les raisins sont pressés doucement, pour éviter les jus bourbeux. La fermentation s’effectue en cuve inox à température contrôlée d’environ 18°. Le vin est embouteillé entre janvier et mars selon les millésimes.
www.lesvigneronsdemancey.fr
www.divinewines.be

Bourgogne Aligoté – La Cuvée des Saints de Glace 2016- Edmond Cornu & fils

Vert blanc, il propose au nez du champignon cru, des feuilles mortes, des fougères et des de fruits secs. La bouche acidulée croque agréablement et nous rafraîchit d’une amertume délicate qui évoque la sauge et la lavande. Son fond minéral rappelle le calcaire humide, bien poivré. La longueur acidulée nous apporte des fruits jaunes avec un air exotique de mangue et de muscat.
Les Aligoté, plantés dans des terres brunes sur graviers, se récoltent manuellement. Pressés en douceur, ils fermentent en cuve inox. Après fermentation malolactique, l’Aligoté est élevé sur lies en cuve inox jusqu’à la mise en bouteille.
domaine.cornuetfils@orange.fr
www.dewitwines.be

Hervé Lalau et Marc Vanhellemont

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