Le Domaine Mader, perle précieuse de Hunawihr

10/02/2020 - En se dirigeant de Colmar vers Ribeauvillé, le visiteur suit la Route des Vins d’Alsace. Un peu au-delà de la butte de Zellenberg laissée sur la droite, cette voie plonge vers le parc des cigognes et le petit village d’Hunawihr. C’est là que son regard découvre un des plus beaux paysages viticoles d’Alsace : avant-plan d’un océan de vignobles ondulants au rythme de la topologie, arrière-plan de collines sous-vosgiennes, au loin les grands crus de Ribeauvillé, son château, et l’infinité du ciel.

Une fois au bas de la descente, à gauche toute pour remonter rapidement vers Hunawihr : entrelacs de maisons alsaciennes typiques le long de deux rues qui partent de la fourche à l’entrée du village à l’assaut de la colline sur laquelle trône l’église de campagne, le tout perdu au-milieu d’innombrables parcelles de vignes. C’est là que Jean-Luc et Anne Mader reprirent l’exploitation des 7 ha de vignes en 1981,  et se lancèrent dans l’élaboration et la commercialisation des vins interrompues durant une génération. Leur fils Jérôme les a rejoints en 2005 après des études œnologiques enrichies d’expériences en Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Australie. Depuis, la superficie de vignes est passée à 11 hectares:  outre ses 0,8 hectares de Grand Cru Rosacker et 0,5 hectares de Grand Cru Schlossberg, le domaine familial est très morcelé ; il s’étend sur quatre communes : Hunawihr bien sûr, mais aussi Ribeauvillé, Riquewihr et Kientzheim. 

Le travail en bio

Les terrains calcaires, marno-calcaires et gréseux s’expriment au travers des différents cépages d’Alsace, et confèrent souvent aux vins des caractères de grande garde. Convaincus que le vin prend naissance à la vigne et sur un terroir, Jean-Luc et Jérôme ont reconverti le domaine en culture biologique depuis 2007. Aucun produit chimique n’est donc utilisé. La maîtrise des maladies est assurée par des produits naturels (soufre et bouillie bordelaise) et des dilutions homéopathiques. La maîtrise des herbes naturelles est assurée par la tonte et le labour. Les vendanges sont bien entendu manuelles, et le pressurage s’effectue en raisin entier, non foulé, en pressoir pneumatique. Les fermentations dans des cuves inox démarrent à basse température, et se prolongent quelquefois jusqu’au mois de mars. Suit un élevage sur lies fines ou totales jusqu’aux premières filtrations ayant lieu généralement en avril. Hormis le pinot noir Cuvée Théophile qui est mis en bouteille non filtré, les vins «passent sur terre» à la fin de l’hiver, et «sur plaque» à la mise en bouteille.

Des vins de pureté

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Pinot blanc 2018
 : assemblage de pinot blanc et d’auxerrois sur grès et marne, beaucoup de fraîcheur et de droiture pour un pinot.

Alsace Riesling 2017 : l’archétype du vin de riesling, élégance, fraîcheur, salinité et énergie pour cet assemblage de 6 parcelles de différentes altitudes et sur sols calcaro-marneux d’Hunawihr.

Alsace Riesling Haguenau 2017 :
la première parcelle vendangée car la plus précoce à l’avant du Grand Cru Osterberg de Ribeauvillé. La nuit y garde de la chaleur et le sol marno-calcaire est profond, de sorte que le vin offre plus de corps, plus de puissance. Il possède néanmoins aussi une belle fraîcheur minérale.

Alsace Riesling Muhlforst 2018 :
les vignes sont plantées en haut du versant sud de cette colline aux sols marno-calcaires profonds. Le vin fait la synthèse entre fraîcheur agrumes et profil relativement épanoui. Le long élevage sur lies brouille en ce moment le côté minéral qui ira en s’affirmant au fil du temps.

Alsace Grand Cru Rosacker Riesling 2018 : ce terroir, Jérôme le décrit comme «une terre à vignes par essence». Le calcaire coquillier fait la fraîcheur, l’argile produit le liant et le corps. Superbe nez de minéralité fumée, racé, précis. L’attaque en bouche porte sans doute la marque d’un millésime chaud et sec dans le charnu du fruit, le relatif volume. Bien vite cependant la minéralité saline du calcaire donne de l’élan, de la verticalité à une matière dense et persistante. Cette profondeur et cette longueur sont les garantes d’une évolution positive au fil des années.

Alsace Pinot Gris 2017 :
des raisins nés sur des sols argilo-marneux profonds ont donné un vin qui paraît sec malgré ses 7 grammes de sucre résiduel. Ceux-ci jouent néanmoins un rôle dans l’épaisseur en bouche, laquelle habille une bonne fraîcheur minérale renforcée en finale par un amer fin.

Alsace Grand Cru Schlossberg Pinot Gris 2018 :
si l’attaque en bouche est marquée du sceau de la chaleur de l’année ainsi que de l’élevage en barriques, le vin se développe en bouche vers une forme d’épure du cépage sur granit. Au cœur du volume s’affirme une fraîcheur due aux amers minéraux.

Alsace Grand Cru Rosacker Gewurztraminer 2016 :
avec capsule à vis : le charme du cépage avec l’élégance, la fraîcheur du millésime. C’est soyeux et frais en même temps malgré les 48 g. de sucre résiduel rafraîchi par du jus de mangue. Né sur un micro lieu-dit situé dans la partie médiane du Rosacker qui botrytise facilement, ce vin est étonnant de race. Exactement la même matière embouteillée sous liège offre une expression plus miellée dans une attaque en bouche plus large et plus soyeuse encore, avant que l’acidité ne ramène de la tension jusqu’en finale.

Alsace Pinot Noir Muhlforst 2018 :
un nez de cerise rouge, une bouche bien construite avec des tanins élégants et une fraîcheur minérale crayeuse pour ce vin élevé 100% en barriques dont 20% de neuves. Un petit amer rafraîchit encore la finale dans ce millésime chaud.

www.vins-mader.com
www.lesventsdanges.be

Bernard Arnould

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