Macédoine, un vignoble inconnu…

18/06/2015 - Pour y aller, on peut prendre l’avion et atterrir près de la capitale du pays ou prendre la voiture et passer la frontière en voiture comme avant. Quand deux postes séparés d’un nomansland vérifient passeport et conducteurs avant d’autoriser de quelques cachets l’accès au territoire macédonien.

macedoineEn route vers Skopjé, la capitale qui possède le plus de sculptures au mètre carré du monde, c’est surprenant.
Après une douche bienvenue, Skopjé by night, resto traditionnel, agréable et premier contact avec un pays dans lequel on ne comprend pas le moindre mot. Heureusement il y a l’English baragouiné comme on peut. Premier contact aussi avec les vins de notre hôte qui accompagne avec bonheur les poivrons, grillades, tomates locales et autres agapes macédoniennes. Demain nous avons rendez-vous avec Marko…

Zolan nous emmène

vignoble de Barovo (2) 1

Vignoble de Barovo

Добро утро dobro utro, c à d bonjour en langage local, la conversation s’arrête là, notre chauffeur ne parle que le macédonien. Après un bon 80 Km d’autoroute, Kavadarci est en approche, c’est le siège et le site de production de Тиквеш. Marco, directeur et œnologue, nous accueille et nous fait visiter les installations en pleine mutation. Marko Stojakovic est l’œnologue d’origine serbe qui dirige la grosse structure. Après la visite, une dégustation s’impose. Au restaurant de la cave, les bouteilles défilent, on retient le Temjanika, sorte de Muscat petits grains local, croquant et bien aromatique avec une jolie fraîcheur et une amertume gracieuse qui rappelle l’écorce de mandarine. Il appartient au cœur de gamme de la Maison Tikveš (prononcez Ticveche).
On enchaine avec le Barovo blanc, il fait partie des hauts de gamme et associe Grenache blanc dénommé ici Belàn (de bela = blanc en macédonien) et Grenache gris.
Un 2010 à bel allure, jaune doré, il respire le coing et la marjolaine, les fruits confits et le poivre blanc. Le 2011 est plus frais, plus minéral, plus complet et plus équilibré. Le 2012 se parfume de verveine, respire les épices à plein nez. En bouche, il plaît par son élégance et son charnu, son accent floral et l’onctuosité de son fruit. Le signe d’une belle évolution qualitative.
Autre blanc, cette fois à base de Chardonnay, le Belavoda 2011 (eau blanche) un joli vin, plus international sans toutefois vendre son âme. Bien équilibré, sans excès ni de bois, ni de parfums excessifs, offrant un galbe qui le rend agréable en bouche. Sa tension minérale lui apporte une fraîcheur de bon aloi. Le 2012 est plus fin et le 2013 émerveille par sa pureté.
On reste Chardonnay avec un autre domaine dans le giron de Tikveš, le Domaine Lepovo spécialisé dans le Chardonnay. Bâtonné et élevé pendant 8 mois en barriques, il plaît grâce à ses arômes de citron vert et de mandarine avec une délicate de mirabelle.
Un rouge pour finir le Barovo 2012 100% Vranec
Violet pourpre, il se parfume de kirsch avant l’amande et le clou de girofle. La bouche débute par une multitude d’épices pour ensuite offrir une corbeille de fruits où la fraise et la groseille dominent le cassis et la myrtille, c’est pas fini, le floral s’annonce et déclare poudre d’iris et réséda, suivent le cacao rafraîchi de prunelle. Finale aux accents poivrés, on en a plein la bouche.

bout

Demain est prévue la visite du vignoble de Barovo perché à 600 mètres à proximité de la frontière grecque (du moins à vol d’oiseau). Barovo a été initié du temps de Tito qui voulait y voir naître une station viticole expérimentale. Le temps a passé et le vignoble a échappé à l’arrachage et offre aujourd’hui une multitude de cépages autochtones et internationaux dont le Grenache blanc dit Belàn de plus de 40 ans, une richesse. Le paysage y est superbe. Calme et rare sérénité, ici le monde semble s’être arrêté pour se consacrer uniquement à la vigne. Un bel endroit éloigné d’une heure de route et le double de piste.

Il y en a que pour Tikveš

Une dégustation comparative de vins macédoniens avait été prévue. Sur la table presque toute la production macédonienne à ce jour. Un véritable parcours du combattant… Les autres caves ont gardé cette habitude des temps socialistes, celle de ne pas faire les malos sur les rouges et d’y ajouter du sucre pour tenter d’équilibrer le breuvage obtenu. C’est assez imbuvable, sauf peut-être avec la cuisine grasse et sucrée qui reste aussi une tradition locale.

Pourquoi la malo à Tikveš ?Philipe Cambie dans les chais de Lepovo

Simplement parce que Philippe Cambie, célèbre œnologue castel papal, œuvre depuis quelques temps au bord des Balkans. La transformation est fulgurante.  En quelques millésimes, les vins sont passés de médiocres (et c’est gentil) à bien foutus, voire vraiment bons. Marko qui reste sur place le seconde avec beaucoup de feeling, voilà un duo qui a transformé plus qu’un essai. Et ce n’est pas fini, l’avenir sera porteur de nouveautés pêchées dans la tradition revue et les cépages autochtones, ça nous promet de belles surprises à venir.

Retour à SkopjéSkopjé (1)

Pour profiter du contraste entre la vieille ville et les nouvelles constructions dans un style néo antique mâtiné d’une tournure austro-hongroise fin 19e avec de grosses et hautes colonnes comme à Antigone Montpellier. C’est assez difficile de s’imaginer pareil amalgame…
Quant à l’impression laissée par le séjour, elle est positive et nous encourage à déguster régulièrement la production de Тиквеш.

Do Gledanye!
http://tikves.com.mk/

Marc Vanhellemont

 

 

 

Laisser un commentaire