Murcia et ses trois D.O. : un avenir prometteur

Murcie, province du sud-est de l’Espagne, étale ses trois appellations en éventail : Yecla, Jumilla et Bullas.
Proches de la mer, mais coupées d’elle par le relief, une fraîcheur d’altitude coule dans les vins des trois.
Le cépage monastrell y est roi et règne presque sans partage sur les hauts plateaux et les flancs de collines.
Les vignerons affichent là un optimisme et un dynamisme qui font plaisir à voir ! On les devine convaincus du potentiel vignes/terroir de leurs appellations respectives.

De la mer à la montagne

Le plateau littoral s’élève lentement pour atteindre les premiers reliefs derrière lesquels se cache la ville de Murcia. La route continue et traverse en pente douce mais régulière les premières collines de la chaîne Béticos qui longe la Méditerranée depuis l’andalouse Malaga. Yecla, Jumilla ou Bullas offrent un paysage semblable de grandes vallées au sol gris brun, clair ou plus foncé, ponctué des fourches noires des vieilles vignes de monastrell taillées en gobelet. De-ci de-là, les plantations récentes palissées tissent leur toile géométrique, le noir des tuyaux irrigateurs souligne d’un trait souple les fils porteurs.

Yecla

Pile au nord de la ville de Murcia, la petite appellation se coince entre Jumilla à l’ouest et Alicante à l’est. La bourgade de Yecla occupe le centre de l’appellation éponyme qui ne compte que trois caves particulières et une coopérative. Les 4200 hectares de vignes se partagent en deux grandes entités : le Campo Arriba et le Campo Abajo, soit naïvement traduit les champs du dessus et du dessous.


Cette grande ellipse s’incline vers le sud. La partie haute, plus sèche, culmine à 750 mètres, tandis que la partie basse descend jusqu’à 550 mètres. Hormis l’altitude, les deux parties se différencient également dans la proportion des sols qui les composent : la partie haute comprend 70% de cailloutis calcaires, colluvions de bas de pente, pauvre en sable et en argile, un sol très drainant ; la partie basse, plus fertile, contient 50% d’argile et 10% de sable, ce qui lui confère une rétention hydrique supérieure.
Yecla se voue presque exclusivement au vin rouge. Le monastrell détient 85% du territoire planté ; la granacha, la granacha tintorera (alicante bouchet), le cencibel (trempanillo), le cabernet sauvignon, le merlot et la syrah s’attribuent 7,5% des parcelles. Les blancs affichent le même résultat avec l’airen en tête (5%), la portion congrue revient aux merseguera, macabeo, malvasia et chardonnay.

Plantations anciennes et nouvelles

Les plantations anciennes concernent presque essentiellement le cépage monastrell. De faible densité, elles oscillent entre 1.100 et 1.800 hectares. Aujourd’hui, la viticulture plante plus volontiers jusqu’à 3.200 pieds/ha. Le Monastrell occupe la majeure partie des surfaces, mais il ne se plante plus. La mode est aux internationaux cabernet sauvignon, merlot, syrah et tempranillo qui, en rangs plus serrés, apportent aux assemblages leur exotisme tannique, fruité ou floral.
Alors que le monastrell, bien adapté, plonge à la recherche d’une improbable eau souterraine, les nouveaux plants palissés jouissent d’un goutte-à-goutte antistress.
Le gouvernement, dans un plan de restructuration, encourage par des subsides les replantations. Ces dernières peuvent dans les cas idéaux apporter au monastrell un gain de complexité. En effet, les assemblages monastrell/syrah ou monastrell/cabernet sauvignon s’avèrent intéressants par leur meilleur équilibre et la profondeur générée. Le monastrell pur joue souvent le rôle d’entrée de gamme, vin fruité, simple et court, vin de soif sympathique qui ne demande qu’à se boire. Les monastrell plus concentrés partent en assemblages, sauf quelques exceptions.
Mais chaque médaille a son revers !
La région, avide de rendements supérieurs, voit dans les plantations subsidiées, clonées et irriguées, une façon d’accroître les volumes. Conscients de la perversité du système, de la dérive engendrée par cette vue à court terme, de la perte d’âme qui s’en suit, quelques trop rares vignerons ténors se battent. Ils luttent pour garder les acquis qualitatifs et installer dans la conscience collective un ‘étalon’ monastrell en adéquation avec le terroir propre à chaque ensemble géologique.
La volonté de cette poignée de viticulteurs, appuyée par les résultats encourageants remportés par leur production, gagne petit à petit leurs pairs. La moyenne d’âge assez basse de la population viticole permet les remises en question.

Le monastrell

Cépage résistant et dur, il peut survivre à la sécheresse extrême et au gel. Il arrive en deuxième position des cépages rouges plantés en Espagne, derrière le grenache. Son rendement est assez bon, il débourre et mûrit tard, généralement en octobre. Il donne des raisins au potentiel alcoolique élevé et bas en acidité. Sa pleine maturité s’obtient à partir de 13°. Le vin issu de ses petites baies est assez peu coloré, plutôt sec et charnu, et capable de vieillir si toutefois sa tendance à l’oxydation a été circonscrite.


On aime à Murcia l’assimiler au mourvèdre, ce qui semble arbitraire. Le mourvèdre n’aime guère le sec, possède une bonne acidité, un pouvoir réducteur certain et un taux colorant important.

Le ‘pie franco’, une richesse qui s’use

Il subsiste en Murcie quelques arpents de pieds francs de monastrell. Ces miraculés souffrent d’une lèpre qui chaque année gruge quelques vignes. Le phylloxéra rôde et poursuit son inexorable destruction.
Le cépage, qui présente une excellente résistance aux maladies, supportait jadis assez facilement le phylloxera. Il y a à peine vingt ans, tout était franc de pieds à la Casa Castillo en Jumilla. Aujourd’hui, seuls 18 hectares de vignes, plantées sur les sols les plus sablonneux, gardent leur intégrité.

Jumilla

Au nord-ouest de la ville de Murcia, Jumilla se situe dans une zone de transition entre le littoral méditerranéen et les plateaux élevés de la Mancha. Son altitude varie de 300 à 700 mètres et son relief alterne vallées et collines. Les sols brun gris mélangent les cailloutis calcaires plus aux argiles qu’aux sables. La rétention hydrique s’en trouve accrue, la vigne y souffre peu de stress malgré les faibles précipitations de 300 mm par an. La D.O. très ventée ne demande guère de couverture phytosanitaire. L’importance des amplitudes thermiques – de 35-40°C les jours d’été à 18°C les nuits – accentue les couleurs des vins et leur procure une fraîcheur équilibrante.


Le monastrell occupe 90% du territoire planté. Les 10% qui restent se couvrent des mêmes cépages rouges qu’à Yecla. Pour les blancs, le Pedro Ximenes et l’airen s’associent au macabeo et à la malvasia.
Jumilla s’étend sur 41.706 hectares et exporte les deux tiers de sa production.

Notre Choix :

Bullas

A l’ouest de la ville de Murcia, Bullas s’appuie sur les contreforts du système Béticos, chaîne montagneuse qui accroche ses vallées plantées de 400 à 900 mètres d’altitude. La mer proche accorde à l’appellation un climat méditerranéen d’altitude qui apporte entre 300 et 400 mm de précipitations annuelles. Celles-ci se transforment parfois en neige durant les hivers qui peuvent être rigoureux et voir leurs températures descendre jusqu’à –15°C.


Les sols, très variés, comprennent un pourcentage élevé de calcaire désagrégé qui change de matrice selon les endroits : sables, argiles, limons. Quelques parcelles occupent des terrains de schistes ardoisiers ou de galets roulés qui correspondent à d’anciennes terrasses fluviatiles. Le vent d’est, Levante, assainit le vignoble peu sujet aux maladies cryptogamiques. Un réseau de nappes phréatiques épargne aux vieilles vignes de Monastrell les stress estivaux.
Bullas demande un minimum de 60% de Monastrell dans la bouteille. Les autres variétés rouges sont le tempranillo, la syrah, le cabernet sauvignon, le merlot et le grenache ; les blancs, macabeo et airen.
La superficie vinicole atteint 2.496 hectares.

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