Que serait Palette sans Simone ?

Contiguë à la ville d’Aix-en-Provence, l’appellation Palette jouit d’une réputation de cru exceptionnel intimement liée à celle du Château Simone, Grand Cru de Provence.

Les Hauts de Meyreuil, le Château Simone

Un chemin de poussière blanche serpente, entre pins et feuillus, à flanc de colline. A l’angle d’un virage, le regard s’arrête, sa majesté la Sainte-Victoire vient de surgir d’une trouée dans la frondaison. Vue d’ici, la montagne magnifique porte bien son nom. Elle nous prend contre elle et nous élève le cœur haut dans un inexplicable sentiment victorieux. Un instant suffit, contemplation heureuse, pour apaiser nos esprits impatients.
Au bout du sentier, là où s’arrête le blanc lacet, attend le maître des lieux. René Rougier et le Château Simone nous accueillent.

Leçon de Palette

Du haut de la vaste terrasse plantée de hautes futaies, retenue par une balustrade à l’italienne, se contemplent les vieilles vignes. Sagement assises, elles regardent, spectatrices d’un théâtre antique creusé dans le calcaire, le filet argenté de l’Arc, rivière qui coule à leurs pieds. L’homme qui les aime et les soigne nous raconte l’appellation, l’histoire du domaine, avec le calme tranquille de ses mains épaisses usées par le travail. Palette doit son existence à Château Simone. Mon père avait présenté un dossier à l’INAO, l’AOC Château Simone. Une appellation qui se justifiait parce que le domaine se présente comme une entité à part entière. Nos instances nationales souhaitèrent un terroir un peu plus étendu et l’élargirent à une zone comprenant la même entité géologique que celle du Château Simone. L’origine contrôlée fut accordée le 28 avril 1948.

Sous les marronniers

A l’ombre de la frondaison, le site se contemple avec aisance, le point de vue nous apprend le terroir : exposées plein nord, les vignes plongent dans les éboulis calcaires, issus des fins dépôts lacustres qui varient leur époque géologique selon le massif qu’ils constituent, calcaires dits de Langesse ou du Montaiguet (sédimentations de la première moitié de l’éocène, -50 millions d’années, ère tertiaire).

Respirons un bon coup, c’est pas fini ! Et admirons…

…le grand cirque qui déroule son vignoble dans sa partie médiane, au-dessus des argiles alluvionnaires de l’Arc, impropres à l’AOC, et en-dessous des coteaux boisés, piémonts hauts des falaises du Montaiguet, de Langesse et du Grand Cabri. Vert sombre et gris clair, pins et rocs forment ensemble un double écrin protecteur face au nordique mistral. L’ouest s’ouvre à la brise marine venue de l’étang de Berre, un apport de chaleur et d’humidité régulées par la couverture forestière et par la structure même des éboulis calcaires ; bien aérés et bien drainés, ceux-ci ne s’échauffent pas trop l’été, fraîcheur aidée par l’ubac*, les mouillages s’évitent par la pente. Cet ensemble naturel garantit une bonne balance sucre/acidité dans le raisin, un équilibre qui se retrouve dans les vins.
La construction lâche des éboulis permet aux racines de s’ancrer, puis de plonger profondément dans la roche carbonatée faillée; certaines atteignent des longueurs de 60 mètres.
*versant à l’ombre, par opposition à l’adret

L’Arc sert d’axe au gel de printemps qui reste heureusement souvent confiné au fond de la vallée. En septembre, il y installe le botrytis qui menace la vendange par mistral calme. Ce dernier, presque inexistant lors des vendanges 2002, a permis au Château Simone une expérience inusitée : l’élaboration de 300 litres de vin moelleux (60 g de sucre résiduel) issu de clairettes nobles à 18°.

Sous l’ancienne Bastide

Après la halte panoramique, le chemin reprend cette fois creusé, sombre, dédale initiatique de la cave qui engage, pour qui veut mieux comprendre, à suivre son guide et ses explications. Les barriques et les foudres, grands et petits, nous regardent passer, la bonde amusée. Les boyaux étroits, creusés en partie au XVIe siècle par les Grands Carmes d’Aix, nous entraînent jusqu’au cœur endormi du Château Simone, la salle des pressoirs. Ancien et moderne s’y côtoient. Deux pressoirs verticaux, rouges comme des voitures de pompiers, vieux comme Mathusalem, mais huilés et réglés comme à Neuchâtel*, se chuchotent à l’oreille des histoires de vendanges en observant, garée en face, la Roll’s d’inox satiné, galbée comme un spider d’Enzo : le pressoir hydraulique vertical ultra moderne tout juste étrenné.
Ici, quand la vendange bat son plein, tant les jumeaux d’antan que le petit nouveau obéissent à la précision voulue par le maître de céans qui de son terroir veut tirer le meilleur parti.
*centre suisse de l’horlogerie de précision

Terroir qui porte, parfois complanté en foule, mais toujours conduit en gobelet un guide complet des cépages locaux.
Majoritaire à 80% en blanc, la clairette et ses déclinaisons (blanche, de Trans, rose, à gros et petits grains) s’assemble au bourboulenc, à l’ugni, au grenache, au muscat, au picardan (+ 100 pieds de furmint).
Les rouges assemblent trois cépages principaux : le grenache, le mourvèdre et le cinsault pour 80% de la bouteille. Le solde se compose, à dose variable, des castet, manosquin, syrah, carignan, durif, brun fourca, aramon,…
La production de rosé avoisine les 100 hl par an, soit 6% de la production totale du Château Simone, une exception provençale !
Rouge et blanc se répartissent à parts presque égales les 94% restants.

Une trentaine de cépages différents poussent à Château Simone et entrent dans la composition des vins de l’AOC Palette, une originalité due au principe de précaution du père de René Rougier.

Sur la quarantaine d’hectares en production en AOC Palette, environ la moitié appartient au Château Simone. Une moyenne de 500 pieds s’y remplace chaque année. Les Rougier, vignerons de père en fils depuis 200 ans, n’ont jamais arraché une vigne ! L’âge moyen des vignes oscille entre 50 et 60 ans, quelques pieds, plantés en 1891, atteignent l’âge canonique de 112 ans.

A préciser

La richesse ampélographique du Château Simone participe certes à la complexité de ses vins, mais ne doit en aucune manière dédouaner les vite satisfaits. Ceux qui avouent leur impuissance en arguant que la non-possession du cépage homéopathique, celui qui fait toute la différence entre leur production et l’excellence du cru voisin, les rend absolument incapables d’élaborer autre chose qu’un breuvage médiocre ou juste convenable !
Le bon terroir, voire l’âge des vignes ou leur variété particulière, ne suffit pas ! Savoir et pouvoir en tirer le meilleur parti reste l’apanage de l’homme qui le considère avec respect, reste à son écoute et lui prodigue son amour.

Pour accéder aux autres rubriques « IVV vous fait voir du pays », cliquer ici

Laisser un commentaire