Quelques malts très civilisés au dégustoir

Depuis la série d'articles sur le whisky de malt publiée il y a quelque temps, les importateurs belges nous envoient parfois des flacons intéressants issus de leur gamme. Nous en avons goûté quelques-uns en petit comité.

Une étape peu tourbée

“I’m yearning for my Hebridean island,
The mountains there are heather sweet today.
It may be just because my heart is Highland
I long for Mull and Tobermory Bay. ….” affirme une rengaine traditionnelle.
Quoique certains historiens ne s’en accordent pas, il semblerait que l’art du malt arriva d’Irlande. Mull constitua alors un passage obligé et une distillerie existait dès 1795 dans le petit port de Tobermory.
Elle connut maints déboires, avant de rouvrir ses alambics en 1989. On n’y sèche pas le malt sur un feu de tourbe, les entrepôts de vieillissement ne se trouvent plus sur l’île elle-même, mais l’eau de la distillerie confère néanmoins un caractère légèrement insulaire à l’eau-de-vie. Sa version “10 ans d’âge”, produite par les propriétaires Burn Stewart, titre 40° à la mise en vente et se présente comme un malt d’apéritif, léger et frais, à ne pas allonger d’eau selon moi. Un palais normal ne l’identifiera pas immédiatement comme un whisky des îles.
La même maison propose un autre flacon, résolument marqué par le fût de sherry (amontillado précise l’étiquette), le Deanston single malt de 17 ans d’âge. Il s’agit d’un pur produit de la région historique de Perth, où la rivière Teith avait permis l’établissement d’armureries et d’ateliers de tisserands. Actuellement, ses eaux ne fournissent plus la force motrice … mais leur pureté contribue à l’élégance des malts. Pas la moindre trace de tourbe ou d’iode, c’est la noix et le fruit sec qui dominent.

Le whisky des cavistes

Une vieille maison spécialisée dans les vins fins a relancé les mises de Glenrothes en tant que “single malt”. Il entre par ailleurs pour une large part dans le blend Cutty Sark. Nous avons pu goûter trois exemplaires millésimés 1989, 1987 et 1973, mais dont l’attrait principal (vu les dates de mise en bouteille) consiste à représenter en fait des 10 ans d’âge, 15 ans d’âge et 27 ans d’âge ! Tous trois réduits à 43°, ils évoluent d’une relative austérité pour le plus jeune vers plus de rondeur pour le suivant et enfin une réelle complexité pour le plus âgé. Ceci montre à quel point, au-delà de la méthode de production qui détermine le caractère, c’est l’élevage qui fait la qualité des malts. L’envers de la médaille réside uniquement dans le prix de la bouteille : les calvinistes ne rigolent pas avec la part des anges !

Et un pur joyau

Les larmes me viennent aux yeux en pensant que cette magnifique distillerie, une des rares survivantes à Campbeltown, n’arrive même pas à fonctionner toute l’année, faute de marché ! Pourtant, je tiens les malts de Springbank pour un des membres du club des meilleurs d’Ecosse, toutes régions confondues. Restant lyrique, je ne peux qu’abonder dans le sens de Paulo : “My only desire is always to be here”*. On retrouve la tourbe “à tous les étages”, du plancher à malter utilisant de la tourbe provenant de Islay toute proche au kiln et jusque dans l’eau de réduction. Quant au parc à barriques, c’est la caverne d’Ali Mac Baba : bourbon, sherry, même des bois d’essences rares !
Ici, c’est le 10 ans d’âge qu’on nous propose. Il titre 46° et ne nécessite pas d’eau, à mon avis. Toutes les caractéristiques d’un jeune whisky (fruit, légère agressivité, couleur claire) éclatent en parallèle à son caractère péninsulaire. Voici une belle introduction à ses grands frères.
* Sir Paul Mc Cartney, Mull of Kintyre

Un “Fiddich” tourbé, voilà qui est bizarre

Glenfiddich fut parmi les premiers à s’exporter. Les chiffres de vente ne sont guère ma … tasse de thé, mais je pense aussi qu’il constitue une des vedettes du marché. Pourtant, le produit de base, sans mention d’âge, tout correct qu’il soit, manque cruellement de caractère. La maison se rattrape brillamment avec son “Excellence”, un 18 ans d’âge fantastique, et avec son haut de gamme époustouflant de distinction et de diversité.
Nous avons goûté le dernier-né : Caoran Reserve 12 ans d’âge. En gaélique (prononcez “ku-ran”), ce terme désigne la tourbe et il s’agit effectivement d’un whisky élaboré, à l’opposé des autres produits de la gamme, au départ d’orge ayant vu de la fumée de tourbe. L’anecdote précise qu’aux abords de la dernière guerre, suite à la pénurie de charbon, cette pratique n’était pas rare dans la firme de Dufftown. Et le maître assembleur, David Stewart, l’a remise au goût du jour. En outre, on élève l’eau-de-vie dans des fûts provenant des distilleries de Islay.
Disons-le tout net, c’est une réussite. La définition claire et rectiligne du Glenfiddich persiste, mais avec un côté sauvage et fumé. En plus, un verre appelle l’autre, car ce malt n’écoeure pas. Et hop, avec très peu de modération!

http://www.glenrotheswhisky.com/
http://www.springbankwhisky.net
http://www.gordonandmacphail.com
http://www.cadenheads.de
http://www.cooleywhiskey.com

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