Tour de France : les vignerons de l’Aude se trompent-ils de combat ?

04/03/2016 - Lu chez nos confrères du journal Sud-Ouest: le syndicat des vignerons audois, par la bouche de son président Frédéric Rouanet, menace de barrer le Tour de France parce que les organisateurs de l'événement ont choisi comme partenaire officiel… un vin chilien. En l’occurrence, Bicicleta, de Cono Sur.

Partenaire du Tour… mais pas en France !

Même si l’époque est à l’invective, comme François Hollande a pu le constater encore ce week-end au Salon de l’agriculture, il y a quand même de quoi s’étonner d’une réaction aussi véhémente.

D’abord, rien n’empêchait les vignerons de l’Aude, ou d’autres endroits en France, de se battre pour enlever ce marché, ce partenariat, s’ils le jugeaient si important pour l’orgueil national.

Et l’était-il, d’ailleurs? A bien y regarder, pas vraiment. Car en vertu de la loi Evin, ce partenariat ne sera pas visible en France. Pas question que des boissons alcoolisées soient présentes sur la caravane publicitaire du Tour dans l’Hexagone! Seuls les spectateurs des étapes suisses, espagnoles et andorranes devront supporter la terrible injure.

Une double injure – celle de devoir contempler une marque de vin, ce qui, selon les hygiénistes de toutes nationalités, pourrait les faire sombrer dans les affres de l’alcoolisme; et celle, peut-être encore plus terrible, que cette marque ne soit pas française.

On en frémit pour eux.

Le vélo, tout un symbole chez Cono Sur

bocicleta-280Mais surtout, quitte à faire tache (de vin, bien sûr), j’aimerai souligner que le choix de la marque de Cono Sur pour ce partenariat n’est pas dénué de tout fondement.

D’abord, il y a son nom, Bicicleta – pour une épreuve de vélo, avouez que c’est assez bien choisi.

Mais il faut aller un peu plus loin: cette marque ne vient pas du néant, elle correspond à l’engagement écologique de ce groupe chilien qui a choisi le bio, et qui cherche à réduire son empreinte carbone, au travers de bon nombre d’actions concrètes. Et notamment (mais ce n’est qu’un petit exemple), par la mise à disposition de ses employés… de bicyclettes, pour tous leurs déplacements sur les sites de production. Je le sais, j’ai visité. J’ai vu les vélos. J’ai des photos. Ils ne sont pas qu’un dessin sur une étiquette, ils sont l’illustration d’une réalité. Un souci du détail et de la cohérence qui devrait inspirer la concurrence, la faire réfléchir, plutôt que de la mettre en rogne.

Demain, du vin sur les événements sportifs en France ?

Alors, est-ce trop demander aux vignerons audois, et surtout à nos confrères de Sud Ouest, que de gratter sous la surface, d’aller plus loin que le bout de leur clocher? L’Aude, ni même la France, n’a pas le monopole du vigneron sympa. Et puis, où arrête-t-on le consommer local ? Si on devait appliquer les consignes de nos amis audois, les Belges ne boiraient plus demain que  du Hageland ou du Torgny!

Pourquoi les producteurs français ne mettent-ils pas leur belle énergie au service d’une cause plus juste et plus utile ? Pourquoi n’exigent-ils pas plutôt de leurs élus que le vin réintègre les événements sportifs en France? A voir sa consommation décroissante  en France, le breuvage de Bacchus n’est certainement plus un facteur d’alcoolisation des masses!

Le soutien de Sud-Ouest leur serait précieux, évidemment, dans cette démarche. En attendant, ils ont le mien, plein et entier.

Mais quant à boycotter les vins des autres, pas question !

Hervé Lalau

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