Une belle série de malts

Les importateurs de whisky de malt semblent avoir compris l'intérêt qu'une partie de nos lecteurs portent à ces produits d'exception.

La série des malts UDV (Diageo)

Depuis au moins quinze ans, après la fusion entre Bell’s et DCL, les malts de six distilleries leur appartenant se voient offrir une livrée de luxe et une promotion très active: les “Classic Malts”. Leur production disparaissait jadis entièrement dans les cuves des blenders. L’importateur belge nous a proposé de les goûter en nous faisant parvenir – l’influence écossaise, je suppose – des … mignonnettes. Mais cela, je ne l’ai découvert que plus tard, la dégustation s’étant déroulée à l’aveugle.

Glenkinchie 10 ans d’âge

Ce bébé de la (presque) banlieue d’Edinboro’, à la robe dorée, offre un nez assez simple, où percent le gingembre et le fenouil, avec une touche de cannelle. La fin de bouche reste assez sèche et monotone. Tant qu’à boire un malt des Lowlands, j’avoue préférer la rondeur de Rosebank ou les parfums d’Auchentoshan.

Dalwhinnie 15 ans d’âge

Whisky “d’altitude” (à 1000 pieds au-dessus du niveau des lochs salés), ce malt peut s’assimiler aux exemplaires de la Speyside quoique la distillerie soit située à 15 miles environ au nord de la rivière, dans les contreforts de ces Grampians que les contrebandiers affectionnaient tant avant que les stations de ski (modestes) ne les en délogent.
Le nez offre la panoplie de flaveurs de la Spey, en un peu plus tourbé et avec des notes de miel d’acacia. Absolument aucun sherry.

Cragganmore 12 ans d’âge

Cet élégant “Livet” m’a toujours ravi, depuis notre première rencontre, par une soirée d’août 1985 … au beau milieu des îles Shetland. Et j’ai bien failli le reconnaître cette fois! Je pense qu’il s’agit d’un des plus fins des whiskies “continentaux”, du niveau de “The Glenlivet” ou de Dufftown, avec une grande complexité, beaucoup d’aspects floraux et de longueur. Il lui manque peut-être 2 ou 3 ans d’élevage pour être sublime. Certains embouteilleurs indépendants le proposent d’ailleurs sous des versions d’une quinzaine d’années.

Oban 14 ans d’âge

Ici, la localisation géographique fut plus aisée. Ce malt partage avec les rescapés de Campbeltown une insularité discrète (il n’y a que Kerrera et le Firth of Lorn pour séparer la spectaculaire baie d’Oban des Hébrides), faite de sel et d’iode, mais aussi les charmes du continent. Si on ne le confond pas avec les malts de Skye, légèrement plus tourbés, on le reconnaît assez facilement.

Talisker 10 ans d’âge

Voici un malt de grande personnalité, à la distillerie bien cachée tout au bout du Loch Snizort (dans le Minch). Légèrement moins réduit* que ses petits frères du commerce (45.8°) et de couleur foncée (pointe de mélasse?) , il montre sa fumée et explose de notes maltées. Le poivre est omniprésent. Je ne suis plus allé sur Skye depuis que le viaduc existe, mais je suis sûr que les colonies de castors se réjouissent de goûter ce breuvage, en compagnie des phoques de Dunvegan.

Lagavullin 16 ans d’âge

Explosion de la tourbe, légère pointe de soufre, couleur orangée; l’île de Islay vous saute à la figure. Cette bouteille, réservée aux amateurs, nous plonge dans l’univers des whiskies insulaires. Il n’y en a que quatre à oser aller aussi loin actuellement: Lagavullin, Laphroaig, Ardbeg et Caol Ila, même si telle ou telle barrique individuelle des concurrents (et notamment Talisker, Springbank, Highland Park …) peut parfois rivaliser. Il est bien difficile de donner un avis objectif sur ces flacons: une partie des consommateurs feront grise mine, alors que les inconditionnels (j’en suis) ne boivent presque rien d’autre.

*La “réduction” consiste à ajouter, avant la mise, de l’eau de source (en principe) à l’eau-de-vie pure obtenue au sortir des alambics. Les “fabricants”, qui nous proposent de plus en plus de versions commerciales à 40 vol%, nous vendent donc en fait plus d’eau que jadis. Il est indéniable que certains malts gagnent à être allongés (parfois abondamment même), mais il faudrait laisser le choix au client. Je plaide sans ambiguïté pour la vente de malts “at cask strength”, c-à-d non réduits.

Et un patchwork d’autres provenances

Restant à Skye, où j’ignorais l’existence de cette distillerie, je vous invite à une savoureuse trouvaille.

Poit Dhubh 8 ans d’âge

Produit par “Praban Na Linne Ltd” (?), ce malt est pour nous une découverte. Malgré son jeune âge, il a acquis une rondeur appréciable et ne garde aucune amertume. En contrepartie, il offre encore les côtés fruités des eaux-de-vie jeunes. Très vivement recommandé.

“The” Balvenie 12 ans d’âge double wood

Le passage en fût de sherry comme second logement ajoute incontestablement une dimension à ce Balvenie. Les exemplaires classiques impressionnent généralement par leur matière et leur droiture, mais manquent – à mon goût – de complexité. Ici, les albarizas et le palomino lui apportent un supplément d’âme. “I say, Hombre!”

Généralement, les fûts utilisés par cette distillerie ont contenu du Bourbon lors de leur première vie.
Ici, on fait suivre ce séjour par un passage en barriques ayant élevé des olorosos.

Highland Park 12 ans d’âge

Ce malt constitue sans doute un condensé de tout le whisky écossais. Kirkwall a appartenu très longtemps au Lord of the Isles et on y a parlé une espèce de norvégien avant que le gaélique ou – horreur – le Queen’s English ne s’y réimplante. Son whisky fait le même amalgame multiculturel: le sel et l’iode de cette pointe de Mer du Nord qui se fond dans l’Atlantique, cette tourbe insidieuse et ce malt puissant; beaucoup de rondeur, de matière … et un soupçon de caramel qui adoucit le tout (Oh, les tricheurs!).

The Macallan 12 ans d’âge

Ce qui caractérise Macallan, outre sa complexité, c’est l’usage constant de fûts d’oloroso. En fait, la distillerie dispose d’hommes à elle en Andalousie qui placent chez les almacenistas des barriques réalisées par leurs propres tonneliers afin de les remplir d’olorosos secs avant de les rapatrier vers l’Ecosse. Cette version-ci, quoique excellente, termine encore un peu sur de l’amertume et un petit manque de gras. Mettez la main sur le 15 ans d’âge ou, mieux encore, sur la version “Anniversary malt” (de 25 ans) et vous goûterez sans aucun doute le malt commercial non tourbé (ou très peu en tout cas) le plus excitant qui soit. La grande classe.

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