Vers une hiérarchisation des vins de la Rioja ?

07/07/2016 - La Doca Rioja se pose la question d'une hiérarchisation de ses terroirs ou de ses crus.

Le mois dernier, un colloque organisé sur ce thème par le bouchonnier Diam n’a pas donné de réponse unanime: entre ceux qui préconisent  la mise en place de sous-zones et un classement de villages, ceux qui recommandent plutôt la mise en avant des domaines, et ceux qui préféreraient le statu quo, c’est plutôt la division qui l’emporte.

Chacun voit le terroir à sa porte

Les représentants de grandes caves de la région, comme Bodegas y Bebidas  ont eu beau jeu de faire remarquer que l’absence de toute classification autre que basée sur l’élevage du vin (crianza, reserva, gran reserva) n’a pas empêché l’émergence de grands vins et de grandes marques ; et au delà, l’émergence d’une vraie notoriété internationale pour la région.
D’autres producteurs, comme Finca Valpiedra, misent plutôt sur des associations du type des Grandes Pagos, qui regroupent des crus reconnus, sur la base de la qualité des vins, essentiellement par cooptation, et rejettent l’idée d’un classement basé sur les limites administratives.
Par contre, certains petits producteurs, mais également quelques coopératives comme Bodegas Sonsierra, sont tentés par une pyramide des crus, espérant qu’il s’en suive une augmentation de leurs prix de vente.
D’autres encore, comme Bodegas Ad Libitum, aimeraient voir se dessiner une mention « Vino de Finca ».

_RIOJA logo_4cQuand au Consejo Regulador, il estime que dans le futur, «la différenciation des grands vins de Rioja se fera surtout par leur origine géographique, plus que par des critères d’exigence à la production».
Un chemin bien différent de celui suivi, par exemple, par le système de gran selezione, en Chianti Classico.
Il est toujours édifiant de voir que dans le marketing moderne, tout et son contraire pariassent toujours parfaitement justifiables. Au point que l’on hésite pas, au Consejo de la Doca Rioja, a évoquer « la demande du consommateur » pour avancer la mise en place de sous-appellations (sous une forme encore mal définie).

Bref, chacun voir le terroir à sa porte.

D’autres, enfin, qui n’étaient pas présents lors de l’évènement, et pour cause, ont choisi une autre voie encore: carrément quitter la Doca Rioja. Jouer purement et simplement leur marque, comme garantie de qualité pour le consommateur.

Et le consommateur ?

Et le consommateur, justement, qu’en pense-t-il? Souhaite-t-il vraiment que la Rioja définisse une segmentation plus complexe? Serait-il près, dès lors, à dépenser plus?
Pour Andrés Proensa Aguado,le journaliste et éditeur de guide de vin qui jouait le rôle de modérateur lors de ce colloque, «le consommateur est dans un état de grande confusion». Notamment à cause des grands écarts de prix entre les différentes marques, pour des niveaux comparables de vieillissement.
Un classement, une multiplication des sous-zones sur l’étiquette l’aiderait-il à mieux se repérer ou apporterait-il encore plus de confusion, comme le redoute un producteur comme Baron de Ley?
Il y a sans doute autant de réponses à cette question que de types de consommateurs, buveur de vin, ou buveur d’étiquette, acheteur de prix ou investisseur, etc…

Oserai-je, quant à moi, tout à fait modestement, affirmer ici que j’apprécie la simplicité des DO espagnoles, en comparaison avec leurs homologues français ou italiens ? Tout en admettant, si vous me passez ce néologisme, que quelque soit l’appellation, il faut toujours trier le bon vin de l’ivresse…
Pour moi, le problème de la Rioja n’est pas tant de classer ses crus, en faisant miroiter à ses producteurs un statut plus prestigieux, que de faire sortir de la dénomination les vins médiocres qui n’ont rien à y faire, et dont la médiocrité même tire les prix vers le bas.

Cela demanderait plus de courage, bien sûr. Le Consejo préférera sans doute la méthode cosmétique.

Hervé Lalau

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