Vino y puro : Gloria Cubana, l’allégorie d’un soir

28/08/2020 - La silhouette de Pat Gordo, un ami français de Pipo, se faufile et me précède dans l'antre encore bruyant du petit bar. La rumeur s'échappe avec le départ des derniers clients. Le patron ferme tôt le troisième jeudi du mois, c'est le jour du club, des soirées aux bouffées malicieuses et enchantées. Caché dans l'ombre de Pat, j'écoute, furtif et curieux, la conversation franco-cubaine.

L’imposant personnage prendra le titre de roi de la soirée comme en témoigne les deux sceptres bachiques qu’il tient dans chaque main. De plus, il nous reviendra, intermittent, selon les caprices de ses tribulations gastronomiques.
Pipo louche, comme moi, sur les bouteilles; la lecture des étiquettes accentue l’impatience.
Monsieur Zevief arrive enfin à la table fumoir. Briquets et sommelier étincellent, pour un temps, le silence recueilli s’établit.

Est-ce cette journée trop chaude pour le milieu de l’hiver qui fait servir au maître des lieux ce Rosé de Provence? Veut-il déstabiliser le nouveau venu par une fantaisie apéritive?
C’est moi qui m’égare, distrait par la nouvelle tête, je n’ai pas senti le frêle nuage gris. Un cirrus de salon aux odeurs grillées de poivre gris et de terre sèche s’échappe à chaque respiration. La Gloria Cubana Médaille d’Or N°2 déploie ses ailes, envahissement parfumé qui auréole le liquide saumoné qu’on porte aux lèvres après l’exhalaison. La Méditerranée offre pour la deuxième fois sa couleur la plus tendre.

Le Château Saint-Pierre, Cuvée du Prieuré 99, mêle ses gelées de fruits rouges, groseille et framboise, au crémeux noisette du cubain. Minéraux, l’un comme l’autre, ils fusionnent. Le Provençal offre son ossature à la fois dense et fraîche à l’évanescence chaude, harmonie étrange vaporeuse comme une barbe à papa qui aurait le moelleux croquant d’une pomme d’amour.

Pat Gordo, très intéressé par la joute ; sert à ses compagnons une valeur sûre, un Gewurztraminer 98 du Vignoble d’Epfig du Domaine Ostertag. La magie des senteurs orientales s’enroule autour du lonsdale. Rocailleux et tendre, l’Alsacien insère quelques cristaux de sucre dans la cape salée. Le geste ne s’arrête pas là, la mandarine un peu blette, goyaves et papayes confites, tressent avec la fumée une maille serrée dont les fils s’étirent en tentacules changeants moirés d’agrumes. Longueur de thé de Chine laisse sur la bouche un baiser de soie.

Ni brûlant, ni piquant, le puro évolue avec une gentille simplicité vers l’amande grillée et le cuir chaud. La cannelle et le gingembre viennent renforcer son caractère qui réclament maintenant compagnon plus coloré.

La réponse jaillit des mains de Monsieur Zevief, l’Australienne Shiraz Bin 50 de Lindemans séduit le tiède macho. Sensualité piquante des crèmes de cassis, de pistaches envoûtent par sa fausse douceur. Gris comme la cendre, le poivre fuse, la tripe rougeoie, heureuse. Mais qui est braise? Venue des antipodes, la demoiselle plus remuante qu’aguichante admet le cigare en son sein si et seulement si ce dernier modère ses prétentions. Une question de dosage pour ce mariage turbulent, attention à l’explosion!

Débonnaire comme son Rivesaltes Vintage 98 du Château de Casenove, Seigneur Pat termine la joute. Duel torréfié sur une oraison sucrée explore les possibilités épicées du dernier tiers. La lice encore bien fumante résonne de moka et de pain d’épices, de biscuits secs et de pâte d’anchois. Linéaire, jusque là, le habano frise ici ses moustaches de cardamome et de cacao et pique les tanins du vin. La maturité mutée de ce dernier permet à l’agonisant une dernière envolée fruitée.

Les trois compères déposent délicatement les deux centimètres restants. Quelques particules argentées ondulent une dernière fois au-dessus du petit tombeaux de verre puis retombent, c’est fini.

La Gloria Cubana – Module : Médaille d’or n° 4 (palmitas)

Aspect de la cape : Assez fine et nervurée

Couleur : colorado claro
Compacité :irrégulière : souple en tête, ferme en pied

Nez : discret de sous-bois mouillé
Fumage à cru : Fort, épicé (gingembre), cuir mouillé, sueur           Tirage : très facile

Foin : Tout de suite beaucoup de puissance, terre mouillée et champignon
Divin : Amplitude aromatique intéressante. Le cigare reste fort, mais pas rassasiant. Toujours des notes de champignon, mais aussi du gingembre et du cumin
Purin : Les épices se font de plus en plus présents, et le corps gagne encore en force pour devenir rassasiant, mais pas écoeurant. Ce n’est que dans les dernières bouffées que la fumée devient piquante .
Progression : intéressante, ce cigare ne cesse de monter en puissance

Conclusion sur le corps : copieux, limite rassasiant, mais jamais écoeurant
Conclusion sur la richesse aromatique : On passe de la terre et champignons à de nombreux épices d’où ressortent le gingembre et le cumin
Etoiles (sur 5) **** Cigare sérieux, corsé. Pour amateurs avertis au coin du feu une soirée d’hiver

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